Une plongée dans l’imaginaire d’Erik Schmitt

Récompensé par le Prix Format Court au dernier festival de Brest, « Nashorn im galopp » d’Erik Schmitt avait séduit le jury par sa poésie et sa créativité. Dans ce film coloré, le cinéaste allemand nous enjoignait à découvrir la ville sous un œil nouveau.

On retrouve cette atmosphère, à la fois drôle et mélancolique dans « Forever Over », réalisé en 2014. Un court métrage qui lui aussi fait la part belle à l’onirisme et à la poésie. Le film met en scène un homme et une femme, qui s’ennuient, qui peinent à se souvenir des raisons qui les ont fait s’aimer. Afin de raviver la flamme, de sortir de la routine, ils mettent au point un jeu, écrire chacun sur des bouts de papiers leurs rêves, du plus commun au plus fou, et les réaliser. Les couleurs, la lumière, la musique, se font les calques parfaits des émotions des personnages, de la joie à la frustration, de l’énergie à l’abattement. Erik Schmitt nous livre un film qui se présente comme une quête des sensations perdues. Une histoire où le rêve apparaît comme l’ultime remède avant la séparation.

Néanmoins, l’univers du cinéaste ne se limite pas à ce type d’esthétiques. Dans un tout autre registre, il se plait à réaliser des films très courts, qui nous plongent dans un univers comique et décalé. C’est le cas de « Now Follows », réalisé en 2011 ou de « Telekommando », qui date de 2014. Le premier ne possède aucun dialogue, toute l’intrigue est narrée par une voix off qui décrit les actions et influence le spectateur dans sa lecture des personnages. Dans un décor enneigé, un jeune homme quitte son appartement pour rendre visite à sa grand-mère lorsqu’un homme à l’air austère vient à sa rencontre. Ils apparaissent sur des plans séparés et la voix du narrateur crée un effet d’anticipation à mesure que la confrontation approche.

Après une brève plongée dans le subconscient du jeune homme qui imagine différents moyens de se cacher, une course poursuite s’engage entre les deux hommes. La voix off s’accélère, c’est elle qui traduit et rythme toutes les actions. L’issue de cette séquence, prendra pourtant le contre-pied de celle que le narrateur semble vouloir amener. C’est dans cette chute que se trouve la réussite du film, le spectateur, guidé par le commentateur est passif. Le décalage entre les commentaires et l’action finale intensifie l’élément de surprise et procure au film une dimension nouvelle.

« Telekommando » prend la forme d’un reportage qui serait diffusé dans un journal télévisé. Le sujet du jour porte sur un homme dont le métier est de contrôler tout ce qui à nos yeux paraît naturel dans la ville. À l’aide de sa télécommande, il provoque l’ouverture et la fermeture des portes automatiques, l’arrêt des bus et même la chute des feuilles d’arbres en hiver. Devant la camera, l’homme, dont l’accoutrement ressemble à celui des agents des travaux publics, affirme que sa télécommande peut tout contrôler, y compris le maire de la ville. Cette allégorie urbaine, aux ressorts absurdes, nous place face à une réalité inattendue, celle du devenir de l’homme au sein de sociétés ou la technologie est vouée à tenir une place de plus en plus importante.

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Bien que très différents, les films d’Erik Schmitt ont tous pour point commun de faire appel au rêve et à l’imagination. Qu’ils prennent des airs de comédies absurdes ou de fables contemporaines aux images soignées, tous s’éloignent de la réalité quotidienne pour transporter le spectateur dans un univers décalé. C’est la voie que poursuit le cinéaste dont les réalisations, derrière leurs apparences souvent légères, recèlent des questionnements bien plus profonds qu’elles ne le laissent paraître au premier abord. S’entourant de partenaires fidèles, il nous propose des paraboles urbaines pour parler du monde contemporain.

Paola Casamarta

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