Nashorn im Galopp de Erik Schmitt

En novembre 2014, l’équipe de Format Court remettait pour la troisième année consécutive son prix au Festival du film court de Brest. « Nashorn im galopp » d’Erik Schmitt, un court-métrage d’animation et de fiction allemand, avait séduit notre jury par sa singularité.

Bruno, jeune homme d’une petite trentaine d’années, « vit comme un robot », il « se promène dans la ville avec des idées plein la tête mais qu’il ne partage jamais » avec les autres. Ce sont ses mots. Il croit au Genius Loci, locution latine signifiant l’esprit du lieu. Berlin aurait une âme, matérialisée ici sous forme de serpent, et laisserait des messages à ses habitants prêts à les recevoir. Un jour, alors que Bruno d’humeur un peu maussade se questionne sur les rapports que chacun entretient avec sa ville, celle-ci semble soudainement vouloir le mener quelque part. S’ensuit alors un parcours dans la ville, allant d’indices en indices, jusqu’à la rencontre avec Vicky, jeune femme excentrique qui paraît être sur la même longueur d’onde que lui et avec qui il va enfin pouvoir partager ses pensées. 002 Ce court-métrage empli de poésie urbaine s’inscrit dans une époque où le street art se développe de manière considérable dans le monde. La ville devient un espace d’expression pour de nombreux artistes. Ceux-ci jouent souvent avec les éléments insignifiants qui la composent pour les transformer en œuvre d’art, faisant ainsi ressortir aux yeux de ses habitants, qui d’ordinaire « la piétinent comme une horde de rhinocéros au galop» (« nashorn im galop » en allemand, d’où le titre), la beauté secrète dont elle regorge.

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Ici, la poésie d’Erik Schmitt est rendue par la pixilation, technique qui consiste à animer image par image des acteurs ou des objets. En usant de collages et de superpositions d’images, il joue principalement sur les échelles de tailles et les effets d’optique. En mettant ses doigts juste devant l’objectif, il fait mine par exemple de pouvoir tenir les toits de Berlin en arrière-plan. En superposant deux images à l’échelle de plan différente au montage, il fait alors de Bruno un petit personnage haut comme trois pommes qui chatouille les aisselles de Vicky. Entre la voix-off de Bruno qui fait part de ses pensées, des enchainements de musique classique et de musique punk, des dialogues très ponctuels et des bruitages accentués, la bande-son participe aussi au lyrisme de ce film.

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La filmographie d’Erik Schmitt (« Forever Over », « Telekommando », « Now follows ») déborde de poésie exaltante. Ses films nous emportent dans des univers d’apparence gais et légers mais en fait profondément philosophiques. Dans « Nashorn im galopp », l’humour délicat et les métaphores visuelles invitent le spectateur à s’interroger sur la place qu’il a dans une société de plus en plus individualiste où les relations entre les gens perdent de leurs valeurs. Son œuvre n’est pas sans rappeler les débuts de Michel Gondry qui a souvent eu recours aux mêmes types de procédés filmographiques pour transporter ses spectateurs dans un monde empreint de douceur dans lequel ils peuvent s’oublier le temps d’un film.

Zoé Libault

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