If Mama Ain’t Happy, Nobody’s Happy de Mea de Jong

Le film de fin d’études de Mea de Jong, présenté en compétition au festival Go Short aux Pays-Bas où il a gagné le prix de la jeunesse, est ce qu’on pourrait appeler un work in progress, un travail de recherche non figé, qui semble s’écrire sous nos yeux. « If Mama Ain’t Happy » part d’une envie de réaliser un film sur les femmes et sur la notion d’indépendance. Sans réel fil conducteur, la jeune réalisatrice bute face à son sujet et nous dévoile les étapes de l’écriture et de la réalisation d’un film qui se révélera bien plus éprouvant que prévu.

Face à la difficulté, le sujet est finalement proposé par la mère de la réalisatrice : réaliser un film sur sa propre famille, un choix qui à première vue promet au spectateur un énième portrait familial fait d’images d’archives et de témoignages divers. Mais cette introduction révèle une difficulté supplémentaire : la résistance du sujet et de cette figure maternelle. Ce personnage de « mama » ne semble guère prendre les choses au sérieux.

Des propos de ce personnage central de mère célibataire découlent les plans suivants : images d’archives en super 8, photographies et interviews des hommes qui ont fait partie de sa vie. Cependant, bien au-delà du simple film de famille qui retrace l’arbre généalogique, « If Mama Ain’t Happy » met en scène la rencontre d’une mère et de sa fille autour d’un projet dans lequel chacune d’entre elle se voit donner un peu de soi, et qui révèle la force et la fragilité de la relation mère-fille, tandis que la réalisatrice et sa mère se mettent à nu.

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Au fil de l’œuvre, cette relation touchante invite le spectateur dans la confidence, et c’est finalement elle qui constitue le fil rouge de « If Mama Ain’t Happy ». La mère renvoie une image de femme forte et indépendante mise à l’épreuve par sa fille-réalisatrice qui cherche la faille. On se demande tout au long du film qui tient les rênes. La réalisatrice partage ses doutes et ses difficultés mais parvient à amener sa mère, son sujet, vers une voix imprévue.

En effet, après un saut dans le passé où sont présentées les femmes de la famille, le propos du film surgit comme une évidence : « Si on devient trop dépendant de quelqu’un, on devient vulnérable ». On comprend alors à travers cette phrase bien plus qu’il n’est dit à l’écran. Le film soulève la question de l’amour pour toujours, de l’amour conjugal et maternel, et acquiert une portée universelle, en partant de l’intime.

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Plus on entre dans l’intimité de cette femme remarquable, plus ses choix de vie son remis en question par la réalisatrice qui, face à un tel discours, refuse cette soi-disant prédétermination qui voudrait qu’elle non plus ne puisse pas connaître un bonheur conjugal durable. Plus Mea de Jong creuse les raisons du célibat de sa mère, plus elle doute de leur bien-fondé. A l’heure du bilan, les questions posées se tournent maintenant vers elle, et à la suggestion de sa mère, la réalisatrice passe à son tour devant la caméra, comme s’il s’agissait là du divan du psychanalyste.

« If Mama Ain’t Happy » s’apparente à une sorte de thérapie familiale et affirme les vertus cathartiques du processus de réalisation pour l’auteur. Cependant, le film nous met face au doute : tout cela était-il écrit dès le départ ? La réalisatrice fait-elle semblant de tâtonner, de ne pas savoir où son film va la mener ? Les pistes sont brouillées pour le spectateur et s’il se trouve en effet que Mea de Jong sait dès le départ où elle souhaite aller, alors nous pouvons nous sentir bernés par cette illusion de l’inconnu. Cependant, ce film reste un témoignage émouvant sur la relation mère-fille où l’intimité de ces deux femmes nous est offerte, comme un présent.

Agathe Demanneville

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