Hors Autoroute de Rhona Mühlebach

Sélectionné au Poitiers Film Festival et primé à deux reprises cet été à Locarno (Prix Action Light du meilleur espoir Suisse & Prix Cinema e Gioventù), le court métrage suisse « Hors Autoroute », réalisé par Rhona Mühlebach pour son bachelor à l’Ecole Cantonale d’Art de Lausanne (ECAL), relate les péripéties d’un couple à la dérive au milieu de paysages montagneux. Née en 1990, Rhona Mühlebach a également réalisé deux autres courts, « Ferien » et « Schwesterherz » en 2013.

Roman et Linda, hormis leurs verres de bloody mary, n’ont plus grand chose à partager. Partis ensemble à vélo pour se balader dans les montagnes suisses, ils ne vont cesser de se déchirer, jusqu’à se séparer, ne supportant plus la stagnation dans laquelle s’embourbe leur relation.

Lors du visionnage, la splendeur implacable des paysages traversés est frappante. Véritable « bol d’air frais » visuel, celui-ci ne suffit cependant pas aux deux personnages qui font leur randonnée chacun de leur côté, ne daignant jeter un coup d’œil qu’à celui des deux qui avance le moins rapidement. Le spectateur ne peut rester de marbre lorsqu’il voit Roman, déjà peu en forme, s’essouffler sur son vieux vélo dans une côte pentue tandis que sa compagne Linda chemine tranquillement vers le camping aux commandes de sa bicyclette électrique. La force de ce court métrage émane également de l’évolution de la relation entre les deux personnages, souvent séparés volontairement par les événements malgré leur virée en « amoureux », mais s’obstinant toujours à se retrouver, malgré une relation qui bat sérieusement de l’aile. Roman dort dans un autre camping, trop fatigué pour continuer et se ressource auprès d’un jeune couple russe tandis que Linda se morfond de son côté dans un autre lieu dans les hauteurs. Ils se retrouvent, se lancent des reproches puis repartent malgré tout ensemble.

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Le soir, dans un hôtel, Linda se fait aborder par le réceptionniste et tente de rendre jaloux Roman, sans succès, ce dernier étant trop occupé à converser avec des motards. Elle se saoule et lui rétorque qu’il l’ennuie profondément. Arrivés au sommet, ils regardent pour la première fois la nature sauvage les entourant, en silence, puis Roman continue seul l’ascension tandis que Linda, sur son vélo électrique, repart de son côté. Face au manque de communication et cette stagnation, les deux personnages ont finalement décidé d’agir.

Un joli court aux personnages non moins attachants, rythmé en grande partie par des plans fixes, exprimant toujours justement la solitude et l’ennui de chacun.

Camille Griner

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