L’Étrange Festival : retour sur les programmes de courts 1 et 3

En septembre dernier, l’Étrange Festival a célébré ses 20 ans d’existence. La sélection des courts fêtait elle aussi ses deux décennies avec plus de 40 courts métrages répartis sur 5 programmes d’environ une heure trente. Fidèles à eux-mêmes, les programmateurs ont concocté chaque séance avec l’envie de montrer des films où l’étrangeté n’était pas forcément là où on l’attendait.

Programme 1

Subconscious password de Chris Landreth (Canada)

Lors d’une fête, Charles ne parvient pas à se souvenir du prénom d’un ami qui se réjouit de le revoir. Tandis qu’il va lui chercher un verre pour célébrer leurs retrouvailles, Charles cherche désespérément dans tous les recoins de sa mémoire le prénom de cet homme. Cette recherche le mène jusqu’au plateau d’un jeu télévisé peu ordinaire présenté par le surmoi de Charles !

Réalisateur de « Ryan », Oscar du meilleur court métrage d’animation (2004), Chris Landreth nous invite à une ballade hallucinante et hilarante dans l’inconscient de son personnage. On y croise un parterre de célébrités tout droit sorti de la psyché tourmentée de Charles, comme par exemple Jerry Lewis, Charles Burroughs, Yoko Ono ou Salvador Dali.

À l’image de ses précédents films, Chris Landreth parvient avec beaucoup de maîtrise à mêler habilement prises de vues réelles, images d’archives et animations, créant un rythme, une perception de l’espace et du temps originale, sincère et drôle. Un film remarquable qui a reçu le Cristal d’Annecy en 2013.

Circuit de Robert Gwisdek (Allemagne)

Un électricien malchanceux se retrouve malgré lui pris au piège entre quatre murs et deux portes. Au beau milieu d’une sorte de faille temporelle, ce technicien tente désespérément de quitter la pièce où il est arrivé mais ne fait qu’entrer et sortir de ce même endroit sans trouver d’issue. S’ensuit toute une série de stratagèmes pour tenter de déjouer cette malchance dont il est victime.

« Circuit » est un court métrage qui propose d’explorer, dans un décor unique et un cadre fixe, toute la polysémie du mot qui sert de titre à ce film. Même si le procédé s’épuise un peu au fil du temps, l’absurdité de la situation et les tentatives du personnage pour s’en sortir donnent au film juste ce qu’il faut de mordant sans que plus d’un mot ne soit prononcé.

In passing d’Alan Miller (États-Unis)

“Tomber amoureux” ou comment prendre au pied de la lettre une expression couramment admise. « In Passing » raconte l’histoire de deux individus qui décident de se donner la mort en sautant du même immeuble. En chemin, leurs regards se croisent et le coup de foudre a lieu. Oubliant qu’ils sont en train de chuter de bien haut, ils découvrent qu’il n’est jamais trop tard pour tomber amoureux.

Les comédiens Dana Lyn Baron et David Trice donnent le ton et incarnent avec naturel cet improbable couple convolant ensemble bras dessus dessous vers l’asphalte. Alan Miller parvient ici avec une bonne dose d’humour (noir) à prendre au mot l’expression « tomber amoureux » pour en faire un court métrage réjouissant et divertissant. Un film qui tombe à pic si on peut dire.

Programme 3

The Archivist de Jeremy Ball (Canada)

Dans un grand cinéma qui rappelle les fastes d’antan, d’étranges et mystérieuses séances privées sont organisées. Un jeune projectionniste remarque que certains clients arborent à l’entrée de la salle un ticket datant d’une autre époque. À la vue de ce billet, une vieille bobine de film sous cadenas est alors exhumée…

The-Archivist

Une ambiance aussi envoûtante qu’inquiétante, des décors somptueux et une intrigue mystérieuse à souhait : tous les ingrédients sont au rendez-vous pour faire de « The Archivist » un film typiquement “lovecraftien”. Jeremy Ball réalise ici un film sophistiqué, élégant et cauchemardesque mais aussi un hommage sincère et feutré aux cinéphiles des salles obscures.

Between regularity and irregularity de Masahiro Tsutani (Japon)

Seul court métrage japonais de la sélection, « Between regularity and irregularity » est un film à l’état brut où l’image et le son s’adressent directement à nos terminaisons nerveuses. Chaque plan du film est entrecoupé par des éclairs brillants et de violentes convolutions sonores.

Le réalisateur, Masahiro Tsutani, semble rassembler ces fragments de façon aléatoire. Toutefois, ce chaos apparent peut révéler entre les formes et les bruits, entre la régularité et l’irrégularité toute une nébuleuse de sensations, comme un voyage dans les profondeurs du cerveau humain.

The missing scarf de Eoin Duffy (Irlande)

Ce film irlandais met en scène Albert, un petit écureuil qui part en quête de son écharpe égarée par inadvertance. Il parcourt la forêt à la recherche de celle-ci. Il rencontre alors plusieurs animaux à qui il manque quelque chose aussi.

Partant d’une histoire en apparence enfantine, le film glisse subrepticement, et avec humour, du conte pour enfants vers le conte philosophique. Eoin Duffy réalise un film à la fois minimaliste et épique, simple et complexe, à l’image des problèmes existentiels de ses personnages. Le contraste entre les personnages aux traits épurés et les idées complexes qu’ils véhiculent créé un décalage savoureux, incarné avec brio par la voix-off de George Takei, connu notamment par les fans de « Star Trek ».

Julien Beaunay

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