Locked Up de Bugsy Riverbank Steel

Enfermés dedans

Si « Locked up » de Bugsy Riverbank Steel était un peu à part dans la sélection du Festival de Brest, en novembre, ce n’était pas seulement pour son coté tragi-comique anglais. Son réalisateur est un de ces brillants touche-à-tout, issu de la publicité et du vidéoclip. Le court métrage de fiction sert donc ici de bascule du professionnel au personnel, permettant de créer un geste de cinéma grâce à une maîtrise des images déjà bien solide.

Ici, le prétexte est un petit film de braquage montrant un getaway driver, chauffeur d’une voiture en fuite, égarer ses clés et enfermer toute sa bande à la sortie d’un hold-up. Le réseau de référence est bien assumé et le film est à mi-chemin entre un Alfred Hitchcock britannique des années 1930 (au hasard, « Jeune et Innocent » de 1937 se déroulant en grande partie en voiture) et un passage de « Snatch » de Guy Ritchie (2000). Le rythme est rapide, malgré le huis clos automobile. Dans une même idée totalisante, le film commence comme un drame social réaliste et se termine comme une comédie familiale.

Mais l’intelligence du film est ailleurs. Elle se situe justement dans les moyens visuels mis au diapason des émotions à transmettre et qui font fonctionner l’ensemble. De ses quatre courts-métrages précédents -deux tragiques (« PACU » et « Oldman »), et deux plus humoristiques (« Guesthouse » et « I hate fancy dress »), Bugsy Riverbank Steel conserve pour « Locked up », un goût pour les espaces confinés et les flous maniérés. Une petite troupe d’acteurs qu’on imagine proche du réalisateur, revient aussi régulièrement d’un film à l’autre, aidant à rendre les personnages immédiatement crédibles.

Mais là où le film devient brillant, c’est quand il utilise ses propres contraintes comme des atouts. En enfermant ses personnages dans une voiture, la confrontation entre les personnages peut être montrée sans coupe, puisqu’ils sont assis l’un à côté de l’autre. Les inserts sur des détails et les surcadrages induits par les éléments de la voiture (cadre des portières, de la custode ou des sièges) viennent participer à cette impression de proximité. Le découpage est l’un des points forts du film et les informations arrivent à point nommé pour maintenir la tension.

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Au-delà des rires, les enjeux se dessinent et on se surprend à s’attacher à ces personnages un brin dérisoires, un brin minables qui s’enfonce dans un nonsense absolument britannique. Tout est là, y compris le twist final. « Locked up » fait montre d’un sens du rythme qui donne envie d’en voir plus de son auteur-clippeur. En attendant, il sera projeté le jeudi 13 mars 2014 lors de la séance Format Court consacrée au Festival de Brest.

Georges Coste

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