Town Barber d’Haneen Rishmawi

Portrait à fleur de peau

À la manière de la chanson de Jacques Brel où l’on « vit tous en province quand on vit trop longtemps », Issa Banourah, premier coiffeur de Beit-Sahour, en périphérie de Bethlehem attends ses clients dans son salon. Entre photos souvenirs et carte de la Palestine aux frontières évolutives sur les murs, un vrai portrait d’homme se dessine, muet la plupart du temps et en plans fixes, comme des photos vivantes n’oubliant pas la musique.

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À la faveur d’un court voyage de ce vieux coiffeur chez un client, au cadre heurté par une caméra qui suit les cahots de la route, on mesure à quel point le film fait voyager son spectateur. Accompagné de gestes comme mille fois répétés, ce petit trajet, présenté ces jours-ci au festival de Poitiers, reflète l’ampleur du voyage intérieur du personnage en deuil. Son usure joue sur lui comme celle du paysage urbain qu’il traverse, comme un instantané de la Palestine, toujours en construction et déjà ancienne.

La rencontre avec ce pays volatile se fait par l’entremise de ce personnage que l’on apprend à connaître dans son mutisme. La beauté de ses traits creusés renvoie aux meurtrissures de l’histoire palestinienne que la forme documentaire rend actuelle et proche. On devine une grande complicité entre la réalisatrice et ce personnage, mais aussi une confiance réciproque complète, dans une civilisation où l’image vire vite à la trahison.

Town-Barber

En sept minutes, Haneen Rishmawi, la réalisatrice de « Town Barber » parvient à capturer le temps qui passe pour mieux saisir le temps passé. Elle le fait avec une belle pudeur et une authentique acuité. Il y a dans son film une poésie de la mise en relation faisant communiquer la musique avec l’image tout autant que les vivants avec les disparus.

George Coste

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