Floriane Montcriol : « En général, les gens aiment bien mon film parce qu’il s’y passe beaucoup de choses visuellement. Il y a beaucoup de détails qu’on ne voit pas forcément la première fois »

Réalisatrice fraîchement diplômée et jeune maman, Floriane Montcriol présentait il y a quelques jours son film de fin d’études « Amères frites » aux Rencontre Internationales Henri Langlois. Entre drôlerie animalière et regard critique et léger sur la situation politique belge, cette comédie emporte le public dans une jolie fable pleine d’un humour belge forcément décalé.

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Comment est-né ton projet de fin d’études « Amères frites » ?

L’histoire remonte un peu. Quand j’étais en option cinéma-audiovisuel au lycée, nous devions faire un exercice de scénario autour du thème de la chute. J’avais pour l’occasion pensé à une histoire en chaîne où l’on suivait des évènements liés au hasard avec pour fil conducteur un objet. La chute de ce récit était une vraie chute de frites qui tombaient par terre avec en parallèle la chute de tout un pays. Mais ce projet d’époque reste malgré tout très différent du film. J’étais partie sur l’idée d’un fils qui voulait empoisonner sa mère avec des frites. Cela se passait plutôt en France, avec en toile de fond le président Chirac. Et puis quand je suis partie vivre en Belgique, j’ai trouvé que l’histoire collait bien avec ce pays où il y a des friteries partout, et j’ai eu envie d’adapter mon idée à la Belgique. De fil en aiguille, cela s’est transformé en une histoire de couple. J’ai aussi découvert la culture de ce pays, le surréalisme belge et j’ai eu envie qu’il y ait de cela dans mon film.

Comment as-tu imaginé le bestiaire de ton film ?

Au départ, j’étais partie sur une autre histoire. Mais au fur et à mesure les personnages ont fini par avoir des têtes d’animaux. J’avais aussi vu les films de Ladislas Starewich où les personnages ont des têtes d’animaux et des corps d’humains. Cela m’a vraiment plu et influencée.

Tu vis en Belgique mais tu viens du sud de la France. Comment as-tu travaillé le côté belge de ton film ?

J’ai écris le scénario en ayant l’idée de l’adapter au maximum à la Belgique. Je me suis alors renseignée sur le cinéma belge et ai aussi sollicité pas mal d’aide des Belges pour la narration car on m’avait dit que mon style sonnait très français et qu’il faudrait peut être y ajouter quelques beaux belgissismes qui ne pouvaient bien sûr pas me venir naturellement! À Bruxelles j’ai rencontré le propriétaire du théâtre Toone, un théâtre de marionnettes qui montre des pièces issues de la culture locale. Il m’a accordé un petit moment pour retravailler tout mon texte, non pas en changeant le propos mais en ajoutant ici et là quelques mots en flamand. Au final, en France, les spectateurs ne comprennent pas forcément ce qui est dit. C’est un peu gênant mais pas très grave car on comprend quand même l’idée générale. Les Belges par contre apprécient beaucoup le film, ils rient toujours, et se reconnaissent. Les têtes de lion et de poule leurs parlent beaucoup plus ; la plupart des gens en France ne connaissent pas ces symboles. Si mon film a d’ailleurs été sélectionné en festival en Belgique ça n’a pas été le cas en France avant une période très récente. Je pense qu’il passe plus difficilement en France car les gens n’y voient que le premier degré d’un couple en crise. Personnellement, j’apprécie quand dans un film il y a des références et que tous les éléments ne soient pas livrés, ce qui n’est pas forcément le cas de tout le monde. En n’explicitant pas les raisons du choix du lion et de la poule, je crois que je perds une partie du public. C’était déjà le cas dans mon premier film où je traitais du mythe de Narcisse transposé de nos jours. Beaucoup de gens ne connaissaient pas l’histoire et ne comprenaient pas la fin du film où une fleur se mettait à pousser.

Le film est porté par la voix d’un narrateur belge. Comment l’as-tu casté ?

En fait, ce n’est pas un comédien. Il s’agit de Julien Vrebos, un bruxellois. Il est réalisateur et également présentateur TV. Au départ, je travaillais la voix avec un ami belge, mais rapidement mon professeur a pointé le fait que sa voix n’était pas très adaptée. Je ne savais pas qui prendre. C’est un autre professeur qui m’a parlé de Julien Vrebos. Je suis allée voir des vidéos de lui sur internet et j’ai été convaincue. Il a accepté de collaborer à mon projet.

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Peux-tu nous parler de la technique d’animation que tu as utilisée ?

J’ai souvent des idées de techniques, des envies. Par exemple j’aimerais faire une animation avec des fleurs et des feuilles séchées mais pour l’instant je n’ai pas trouvé d’histoire qui colle à cela et je pense qu’il vaut mieux que la technique soit au service du récit. Pour « Amères frites », j’ai travaillé en cut out (matière découpée). J’ai tout fabriqué moi-même. Au début, j’hésitais entre deux techniques : la stop motion ou le cut out. J’avais moins d’expérience avec la stop motion, mais j’avais quand même commencé à fabriquer des poupées dans la phase de préparation. Le résultat n’était pas vraiment satisfaisant. Un professeur m’a suggéré de bien réfléchir à ce qui convenait le mieux à mon style de film, je me suis dit que pour une comédie, le cut out était sûrement plus adapté car il apporte un côté décalé aux choses et donc un potentiel comique. En général, les gens aiment bien mon film parce qu’il s’y passe beaucoup de choses visuellement. Il y a beaucoup de détails qu’on ne voit pas forcément la première fois, comme la mention «Albert King size» (ex-roi de Belgique) sur l’aquarium !

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Tu es sortie diplômée en 2012. « Amères frites » est ton film de fin d’études. Comment se passent les exercices de réalisation dans ton ancienne école, le Kask ?

Dans cette école, la licence et le master sont proposés aux étudiants. La formation est très axée sur la pratique. Dès la première année il y a des exercices techniques mais si les étudiants le souhaitent, ils peuvent déjà réaliser un petit court métrage, et c’est pareil en deuxième année. En troisième année et en master le projet doit être plus conséquent et pus qualitatif. Pour cela, les étudiants peuvent avoir à disposition un petit studio pour réaliser leur film. Personnellement, j’avais besoin de beaucoup d’espace pour tous les décors, les personnages, les vêtements… J’ai pu bénéficier d’un studio quasiment toute l’année scolaire pour moi toute seule ! J’ai eu de la chance, les conditions étaient très confortables.

Quels sont tes projets en cours ?

Je travaille sur un projet d’illustrations avec du cut out et de la prise de vue photo, du volume… Ce ne sera pas un projet traditionnel. Et puis je suis aussi sur un projet de film sur le thème de l’introspection, mais je n’en suis qu’à la phase d’écriture et de recherche.

Propos recueillis par Fanny Barrot

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