Dan Sachar : « Il n’y a pas beaucoup de films de genre en Israël, mais ces dernières années, il y a eu ce qu’on pourrait appeler une vague de films de genre dont on est vraiment fiers de faire partie »

Après une première apparition au festival Court Métrange 2012 pour présenter son film « Overture », l’Israélien Dan Sachar est revenu cette année à Rennes pour présenter en avant-première « Last of You », un film de science-fiction très maîtrisé qui nous raconte l’histoire de Yonatan, un homme ayant mis au point une machine lui permettant de revivre les souvenirs de sa femme disparue. Entre deux séances, on en a profité pour lui poser quelques question afin d’en savoir un plus sur son travail, et plus largement sur le cinéma israélien.

Dan-Sachar

Comment est né le projet de ton dernier film « Last of You » ?

Il existe en Israël un festival de films de genre, Utopia Film Festival, qui a lancé un concours de scénario pour un court métrage de vingt à trente minutes. Si tu gagnes le concours, tu remportes la somme de 30.000€ pour le réaliser. C’est vraiment exceptionnel d’obtenir ce type de budget pour un court métrage en Israël, surtout pour un film de genre. Je voulais absolument obtenir ce prix, alors mon scénariste et moi avons écrit trois scénarios. On nous a rappelé pour nous dire que deux d’entre eux étaient en lice parmi les projets finalistes et que nous pouvions choisir celui que nous voulions garder. C’était vraiment une drôle de situation, nous avons finalement choisi « Last of You ».

Est-ce difficile de trouver de l’argent pour réaliser ce type de films en Israël ?

Oui, très difficile. Je n’aurais jamais pu réaliser ce film si je n’avais pas remporté le concours, car aucun organisme de fonds ne m’aurait donné autant d’argent pour ce type de scénario. La plupart des films qui obtiennent des financements ne sont pas des films de genre. Il y a quelques possibilités de financement mais c’est très dur de les obtenir, il faut d’abord se faire un nom, et ensuite on peut espérer obtenir de l’aide.

https://vimeo.com/37373013

Est-ce commun d’y réaliser des films de science-fiction ?

Non, pas du tout. Il n’y a pas beaucoup de films de genre en Israël, mais ces dernières années, il y a eu ce qu’on pourrait appeler une vague de films de genre dont on est vraiment fiers de faire partie. Quelques longs métrages de genre sont sortis ces dernières années dont « Big Bad Wolf » très récemment, qui reçoit de très bonnes critiques à travers le monde. Mais ce n’est pas très courant. Que ce soit du côté des courts ou des longs métrages, on n’en voit pas beaucoup.

Quelles ont été tes influences pour « Last of You » ?

On a eu pas mal d’influences. Pour les séquences filmées en caméra subjective par exemple, on a regardé « Strange Days » de Kathryn Bigelow et « Enter the Void » de Gaspar Noé. On a réfléchi à la meilleure façon de montrer les expériences du personnage de Yonatan. On s’est dit qu’une vue panoramique aurait quelque chose de spécial. On a bricolé un appareil spécial avec un casque de vélo qu’on a découpé et auquel on a intégré une caméra 5D Mark III avec un objectif grand-angle. En post-production on a gommé la distorsion, ce qui aplatit l’image et donne cette impression de panoramique dont on est vraiment fier. On a voulu faire un film un peu futuriste mais avec certaines limites, de façon à ce qu’on ait l’impression que ça se passe aujourd’hui mais dans un monde différent du nôtre, un peu dans l’esprit de « Children of Men » (Les Fils de l’homme) de Alfonso Cuarón qui nous a aussi influencé.

Il y a beaucoup de points communs entre « Last of You » et ton précédent film « Overture », surtout en terme de choix esthétiques. Est-ce quelque chose de conscient ?

Ce n’est jamais vraiment conscient, c’est en moi. Beaucoup de gens me le disent, et ça me fait plaisir, je pense que c’est une bonne chose d’avoir un style que les gens reconnaissent dans mes films. Mais je vois encore plus la ressemblance entre mon premier film « When it Will Be Silent » et « Overture », qui étaient tous les deux très influencés par le travail d’Andrei Tarkovsky, qui est plus lent et atmosphérique. « Last of You » est différent en terme de style et de ton, plus « traditionnel » peut-être, et plus centré sur la narration que sur l’ambiance.

Comment travailles-tu avec ton équipe et combien de personnes étaient impliquées sur le tournage ?

Il y avait à peu près trente personnes sur le tournage, qui étaient heureuses de travailler sur un court métrage aussi stimulant. La plupart des membres de l’équipe sont des amis que j’ai rencontré à l’école de cinéma et qui pour la plupart travaillent bénévolement. L’acteur principal, Yoav Donat, est un acteur connu en Israël, il a joué dans le film « Lebanon » de Samuel Maoz. Je savais qu’il serait parfait pour mon film car la quasi totalité de « Lebanon » se passe à l’intérieur d’un tank dans lequel il a toujours les yeux rivés sur le viseur et doit réagir face à des choses qu’il ne peut pas voir clairement. C’était l’audition idéale pour moi et il a été parfait pour le rôle.

Le tournage a-t-il demandé beaucoup de préparation ?

Oui, mais la condition pour obtenir le budget qui nous a été attribué était d’avoir terminé le film en un an afin de pouvoir le montrer lors de la prochaine édition du festival. Ce n’est pas beaucoup pour une production aussi conséquente mais c’est une bonne chose d’avoir un délai à respecter. 30.000€ ça à l’air beaucoup mais par rapport au scénario qu’on avait, ce n’était finalement pas tant, il a vraiment fallu pousser le budget jusqu’à ses limites. Comme, je suppose, sur beaucoup de productions de courts métrages, on a tout fait nous-mêmes, on préparait le plateau tous ensemble, on cherchait de l’argent, on apportait notre matériel, et à la fin, on était vraiment fatigués par tout ça. J’ai fais toute la post-production moi-même également. Aujourd’hui je peux me reposer et profiter des projections en festival.

Peux-tu nous parler de ton parcours ?

J’ai étudié le cinéma au lycée, et après l’armée, je suis allé au Sapir Academic College dans le sud d’Israël. C’est un endroit très particulier pour étudier, parce que c’est juste à côté de la bande de Gaza, et il arrive que des missiles ou des roquettes tombent sur l’école, mais on s’y habitue, c’est aussi une expérience civique ! Beaucoup de films issus de cette école sont plus engagés politiquement, peut-être à cause de sa situation géographique et parce que ça fait partie du programme de l’école. Cette école est surnommée le « Hollywood den » (l’antre d’Hollywood) parce qu’on y réalise de la science-fiction, mais au bout du compte, ces films sont de plus en plus appréciés.

C’est vrai qu’on a l’impression que tes films sont imprégnés par cette atmosphère conflictuelle et par la guerre, avec des histoires qui se déroulent dans un univers post-apocalyptique. Penses-tu que ce contexte géopolitique influence directement ton travail et le contenu de tes films ?

Je ne sais pas si je pense vraiment à la situation politique lorsque je réalise un film, mais tout cela doit en effet faire partie du décor. On vit en Israël, qui n’est pas vraiment un environnement sûr, et je suppose que ça influence notre travail et la nature de nos propos. Je crois que tous mes courts métrages parlent de manière sous-jacente de la façon dont une guerre ou un événement terrible peut influencer les gens. Surtout mon premier court métrage, « When it Will Be Silent », qui est encore plus politique parce qu’il a été filmé dans le no man’s land entre Israël et la Jordanie. Je pense que tous mes films sont autant de tentatives de prévention contre ces situations afin de ne pas en arriver là. Ils décrivent des lieux dans lesquels on n’aimerait pas se retrouver. Mais ce contexte reste en arrière-plan, on ne sait jamais vraiment ce qu’il s’est passé, surtout dans « Last of You ». Le sentiment que j’en ai, c’est que ce film parle d’une catastrophe à l’échelle planétaire, et pas seulement d’Israël.

Quels sont tes futurs projets ? As-tu envie de faire un long métrage ?

Après avoir fait plusieurs courts métrages, on se dit toujours que le prochain sera un long, qu’il faut passer aux choses sérieuses. En fait, j’aime bien réaliser des courts métrages, ce sont de véritables exercices pour moi, comme pour le reste de l’équipe. Réaliser un long métrage, c’est autre chose, et il n’y a rien de tel que la pratique pour s’y préparer. J’ai quelques idées pour un long métrage et j’y travaille avec un scénariste, mais je n’ai rien de concret pour le moment. Et si je fais un long, je ne pourrai pas revenir sur un festival comme Court Métrange alors je dois encore y réfléchir !

Propos recueillis par Agathe Demanneville

Article associé : la critique de « Overture » de Dan Sachar

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