Clément Gonzalez : « Faire des films en 48h est un tremplin parmi d’autres dans le milieu du court métrage »

Récompensé du Prix d’aide à la création et du Prix du public au dernier Festival de Grenoble, Clément Gonzalez, réalisateur de « As it used to be », a pris comme habitude de ne pas attendre des années pour tourner ses films. Ses trois courts, « Casse-gueule », « Du Sable dans les pompes » ou encore « As it used to be », ont chacun été réalisés en 48 heures, entre 2011 et 2013, via le 48 Hour Film Project. Ce concours, mis en place il y a plus de dix ans aux États-Unis, et représenté dans le monde entier, propose à des équipes de films de se voir attribuer un genre, un personnage, un accessoire et une ligne de dialogue, ainsi que 48 heures pour créer un court métrage contenant tous ces éléments. À Grenoble, Clément Gonzalez nous a parlé de son film, de la transmission et de cette autre façon de faire du cinéma. Rencontre.

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Tu es sorti de l’ESEC (École Supérieure d’Études Cinématographiques) il y a trois ans. Qu’y as-tu appris ?

L’école ne nous jetait pas la poudre aux yeux, elle ne se prenait pas pour une école de réalisation mais de futurs techniciens. C’était assez réaliste, en arrivant sur des plateaux, j’ai bien senti que je ne savais rien, que j’avais tout à apprendre. Quand tu n’as rien fait, il faut faire tes preuves.

En finissant l’école, j’avais un scénario de court en poche, « Le grand jour ». Toquer à la porte d’un producteur me paraissait flou et inaccessible. Mes copains faisaient des films en auto-production, je les ai imités. J’ai fait beaucoup d’électro, quand j’ai eu mes heures et mon statut, j’ai essayé de réaliser mes projets personnels, des courts et des clips.


Comment as-tu commencé à t’intéresser au 48 Hour Film Project ?

Un peu par hasard. J’en ai entendu parler, et avec mes potes, on a eu envie de se lancer dans le projet. C’était l’occasion de se retrouver, d’écrire et de tourner tous ensemble. On avait envie de faire quelque chose de bien, sans prétention. On a tourné un petit film, « Casse-gueule », mais en le voyant terminé, on était dégoûté, on le trouvait nul ! Le film a été projeté en séance publique à Paris, au 48 Hour Film Project. On n’y croyait pas, on avait picolé la veille, et je ne me suis pas du tout levé le lendemain. Le premier assistant et un comédien y sont allés et nous ont appelés pour nous dire que la salle était morte de rire et que les gens avaient adoré le film. On est donc allé à la deuxième projection, on est arrivé en finale et on a gagné le concours, ce à quoi on ne s’attendait pas du tout.

Cette année, on a refait deux courts « Du Sable dans les pompes » et « As it used to be » qu’on nous a proposé de tourner en Afrique du Sud, selon le même procédé. Les trois films ont eu des prix, ils ont bien marché en festivals. Faire des films en 48h est un tremplin parmi d’autres dans le milieu du court métrage. Depuis que j’ai commencé à faire des films de cette façon, je ne me suis pas demandé ce que j’allais écrire et quels professionnels j’irais voir. Maintenant, j’en ai plus envie, je sais que je ne ferai pas des films de cette façon toute ma vie. Très vite, on atteint ses limites. Maintenant j’ai envie de me lancer dans la réalisation à plein temps, quitte à galérer un peu par moments, à faire de l’institutionnel, du clip, peu importe.

Comment ça se passe concrètement un tournage en 48 heures ?

Tu dois faire un film en un temps restreint (8 minutes), tu tires au sort un genre et tu as des éléments imposés. Le soir, tu découvres ton thème, tu écris toute la nuit, tu te couches à 4h du matin, tu tournes toute la journée dans des lieux que tu dois trouver toi-même, tu montes ton film et tu le rends le lendemain soir. Il y a plein de limites mais l’expérience en vaut vraiment la peine !

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"Du Sable dans les pompes"

« As it used to be » est le premier film que je vois sélectionné dans un circuit classique. Les festivals, comme celui de Grenoble, font en général office de filtres au regard de l’abondance de la production annuelle. Est-ce que les films réalisés dans les conditions du 48h sont bons ?

Rarement. Souvent, les films ne sont pas très bons, parce que le projet est ouvert à tout le monde et que faire un film en 48 heures est un exercice compliqué. Tu tires un genre au sort, on t’impose des choses, et tu n’as que quelques heures pour écrire un bon scénario Très peu de bons films en sortent, c’est un fait. Souvent l’appellation « 48 heures » fait défaut.

Quelles ont été les contraintes de « As it used to be » ?

On a tiré au sort la science-fiction parmi une quinzaine de genres, un personnage que j’ai entre temps coupé au montage, un objet (un panier-repas) et une phrase à prononcer « Is it on ? ». Ces contraintes nous ont mené vers quelque chose à la fois de simple et de futuriste grâce à un mélange de science-fiction et de comédie.

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Ton film parle de transmission du savoir, d’échange, de relation prof-élève. Est-il lié à un souvenir d’école ?

Pas spécialement. En écrivant, nous n’avons pas eu de débats sur la notion d’éducation. Forcément, ce sujet-là est dans l’ère du temps, mais elle a surtout servi le film. Personnellement, je n’ai jamais aimé l’école. Très vite, j’ai su que je voulais faire du cinéma. Les seuls professeurs que je retiens, ce sont ceux qui étaient dans l’échange, ceux qui étaient suffisamment intéressés par leur sujet pour le transmettre, et qui savaient rendre leur matière intéressante. Je posais souvent des questions en cours et les professeurs qui me répondaient sont ceux qui m’ont marqué. À l’ESEC, on a eu la chance d’avoir comme professeur Michel Cion, un une référence dans les ouvrages de cinéma, notamment du son. Pourtant, je n’ai jamais eu pire enseignant que lui. Il est dans sa théorie, il a toujours raison. En mathématiques, les résultats ne sont pas contestables : 2 et 2 font 4. En cinéma, les sensations que procure tel ou tel son ne sont pas forcément les mêmes d’une personne à l’autre. Dans une école de cinéma, ça me paraît aberrant d’imposer un dogme sur des choses pareilles. Si mon film est lié au souvenir d’un professeur, ce n’est pas certainement celui-là !

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Ton film est joliment interprété par un comédien sud-africain, Luthuli Dlamini. As-tu parlé avec lui de lien, de partage du savoir ?

Luthuli a un charme et un phrasé très british. Avant d’arriver en Afrique du Sud, je ne le connaissais pas. La seule image que j’avais de lui, c’était une capture d’écran. Quand je l’ai vu, c’était le bonheur, c’était bien mieux que ce que j’avais pu espérer. La présence, l’élégance, la voix, il a tout pour cartonner ! On n’a pas parlé des heures avec lui. Il est très intelligent. On lui a envoyé le scénario dans la nuit, il est arrivé sur le plateau le lendemain matin en le lisant au dernier moment. Je pense qu’il a tout de suite compris où on voulait en venir car ce qu’il a proposé devant la caméra était génial. C’était mon premier tournage en anglais, le piège était de le regarder jouer sans intervenir, sans dire grand chose. Du coup, on fonctionnait beaucoup par mots-clés. Je suis assez pointilleux au niveau des réactions, des timings. Je l’ai donc pas mal embêté !

Maintenant que tu souhaites faire des films classiques, vers quoi souhaites-tu te diriger ?

Il y a tout un pan de la création d’un film que je connais comme premier assistant mais pas comme réalisateur : le travail avec une vraie production. C’est une expérience qui m’a manqué par le passé et que j’espère connaître prochainement, avec un autre court.

Propos recueillis par Katia Bayer

Article associé : la critique du film

Consultez la fiche technique du film

Le site du 48 Hour Film Project : http://www.48hourfilm.com/

Pour information, « As it used to be » sera projeté en présence de Clément Gonzalez, le jeudi 12 septembre 2013, au Studio des Ursulines, dans le cadre de la reprise des séances Format Court

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