Fereshteh Parnian : « L’Iran regorge d’histoires intéressantes ainsi que de conteurs pour les raconter »

Iran, la génération actuelle aspire au changement. Comment les femmes appréhendent-elles leur avenir ? Tel serait le pitch de « After the Class », sélectionné en compétition internationale du 35ème Festival du court métrage de Clermont-Ferrand. La talentueuse Fereshteh Parnian est venue défendre les couleurs de son pays au cœur de la cité auvergnate et nous l’avons rencontrée.

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Pourquoi avoir opté pour des études de cinéma ?

C’était il y a longtemps déjà. J’avais 18 ans et après le bac, je suis allée à l’université. Comme la plupart des jeunes de ma génération il m’a fallu choisir un sujet à étudier. C’est comme cela que j’ai commencé le cinéma de façon théorique à l’université des arts de Téhéran. Ma matière principale était le montage.

Comment passe-t-on de la théorie à la pratique ?

Disons que j’ai travaillé pendant 10 ans comme assistante monteuse pour des longs métrages, des courts et des documentaires avant de réaliser mes propres films.

Peux-tu revenir sur ce qui t’a amenée à réaliser « Happy Birthday », ton premier film ?

Après avoir travaillé toute une année comme monteuse sur un projet, j’étais très intéressée par la réalisation. Un soir, un ami est venu chez moi avec une idée de film, celle de « Happy Birthday ». J’ai tellement aimé l’histoire que je lui ai demandé d’en écrire le scénario. Mais quand il me l’a soumis, je ne l’ai pas aimé alors je lui demandé si je pouvais le réécrire. Je l’ai complètement transformé et j’ai fait le film.

Cela a-t-il été facile de trouver un producteur ?

Pas du tout, au contraire, ça a été vraiment très difficile. C’était mon premier film, je n’étais pas connue et en plus je me souviens très bien que c’était un film difficile à produire parce qu’il fallait filmer dans les rues de Téhéran au moment des manifestations de 2011… J’ai donc réalisé le film en 4 jours.

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Le film a-t-il été montré en Iran ?

Pas de façon professionnelle. Par contre, il a été envoyé dans des festivals en Allemagne, à Hong-Kong et au Japon notamment.

Avec « After the Class », sélectionné ici à Clermont-Ferrand, tu continues à mettre en évidence la condition de la femme en Iran mais de façon assez différente. Peux-tu expliquer la genèse de ce second film ?

Après avoir réalisé mon premier film, j’ai vraiment eu envie de continuer à réaliser d’autres films tellement j’ai aimé cette expérience. Mon plus grand problème était le manque d’argent. Je ne pouvais pas trouver quelqu’un qui veuille bien produire ce film car la plupart d’entre eux avaient besoin de beaucoup d’argent pour produire le film. J’ai décidé de réduire les coûts et de le produire avec un budget minimal. Le tournage a duré 2 jours. Il n’y avait qu’un seul lieu, c’était plus facile.

Pourquoi as-tu ressenti le besoin de parler de cette histoire-là en particulier ?

« After the Class » trottait dans ma tête depuis pas mal de temps déjà. J’ai toujours eu envie d’aborder le sujet de l’émancipation des femmes. J’ai énormément de sympathie pour la génération de ma mère. Ce sont des femmes fortes, je trouve. Ce sont des femmes qui ont cru en ce qu’elles faisaient tout en restant authentiques. La jeune génération les a souvent trop mal jugées en les accusant d’être à l’origine de la société actuelle. À travers mon film, j’ai surtout voulu montrer comment leur vie et leurs choix n’ont pas toujours été des plus simples. Pour moi, le film se focalise plus sur l’ancienne génération que sur la nouvelle. C’est la raison pour laquelle j’ai fait débuter et terminer le film sur un plan de la mère incarnée par Fereshteh Sadr Orafaei.

Le personnage de la mère est moderne par le fait qu’elle a un bon boulot mais elle reste aussi ancrée dans ses traditions. Elle semble être partagée entre deux mondes.

Tout à fait. Elle est indépendante économiquement mais pas dans son esprit. C’est le problème de la majorité des gens en Iran, d’ailleurs. Mais je crois que les choses sont en train de changer même si de nombreux paradoxes existent encore.

Penses-tu que la jeune génération a eu tort d’accuser l’ancienne pour avoir agi comme elle l’a fait ?

Je pense que c’est le lot de toute génération de remettre en question ses prédécesseurs. C’est le propre du conflit générationnel. Mais je pense que c’est un peu injuste aussi car les jeunes jugent sans vraiment bien connaître la situation de leurs parents. Auraient-ils, eux, agi différemment ?

Ton film se présente comme un huis clos. Voulais-tu dès le début filmer cette conversation entre une mère et sa fille dans une salle de classe ?

Oui, comme l’histoire était vraiment simple, j’ai choisi cette manière de montrer. Presque tout le film se déroule dans la classe car j’ai eu l’autorisation de tourner là. En quelque sorte, je n’ai pas eu beaucoup le choix, le petit budget m’a obligée aussi à filmer comme cela.

Quelle expérience retiens-tu du tournage ?

Ce fut une très chouette expérience pour moi. Je pense que la difficulté réside parfois dans la façon de montrer les choses avec simplicité. C’est pourquoi j’ai beaucoup réfléchi en amont à la manière dont je voulais représenter les choses. Le tournage du film a peut-être duré 2 jours mais cela m’a pris 6 mois pour le réaliser.

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Comment as-tu dirigé les deux comédiennes ?

C’était difficile pour moi de diriger une comédienne professionnelle, Fereshteh Sadr Orafaei a joué dans « Le ballon blanc » de Jafar Panahi, et une actrice non–professionnelle. Heureusement, elle a été absolument géniale. Elle m’a beaucoup aidée et conseillée. On a beaucoup répété avant de filmer.

« After the Class », comme la plupart des films iraniens, a une façon intéressante d’aborder la réalité iranienne par le biais de la fiction. Comment expliques-tu cette tendance ?

Je ne sais pas. Je crois que la situation particulière et parfois compliquée de l’Iran pourrait être à l’origine d’un certain cinéma iranien. Mais je crois surtout que l’Iran regorge d’histoires intéressantes ainsi que de conteurs pour les raconter et que la culture et le pays subissent une évolution. Nous sommes dans une situation très particulière pour le moment en Iran, dans une période de transition.

On a tendance à considérer que le fait d’être une femme cinéaste en Iran est plus compliqué qu’ailleurs. Est-ce le cas ?

Je l’ignore, je n’ai pas vraiment d’expérience à l’étranger pour pouvoir dire cela même si je peux avouer selon mon expérience très personnelle, qu’il est sans doute plus difficile de travailler en Iran et de se balader dans la rue, que tout est un peu plus compliqué si on est une femme que si on est un homme. Mais je pense qu’on est tellement plongé dans cette réalité qu’elle nous apparaît aussi comme normale et naturelle. Peut-être qu’un jour, j’irai ailleurs et je verrai la situation sous un autre angle.

Est-il possible de vivre de ton métier de cinéaste ?

Non, pas du tout. C’est mon boulot de monteuse qui me permet de continuer la réalisation.

As-tu d’autres projets en cours ? Un long métrage ?

J’ai un projet mais ce n’est pas un long métrage car je pense que c’est encore trop tôt pour moi. Il s’agit d’un court métrage dont je suis en train d’écrire le scénario. C’est un projet qui parle encore de la condition de la femme en Iran mais il me tient encore plus à cœur que mes films précédents car le personnage principal est très proche de moi. J’espère pouvoir trouver un financement car ce ne sera pas un film bon marché !

Propos recueillis et traduits par Marie Bergeret

Article associé : la critique du film

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Une réflexion sur “ Fereshteh Parnian : « L’Iran regorge d’histoires intéressantes ainsi que de conteurs pour les raconter » ”

  1. Je voudrais vous remercier parce que vous nous avez fait connaître cette femme. Je l’ai beaucoup admirée. Elle sait ce qu’elle fait et elle sait où elle va. Sa détermination lui a permis de réaliser ce premier projet et je pense qu’elle ira encore bien loin.

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