GENERATOR. De la projection à la V.O.D. : la diffusion du court-métrage en question

Dans les couloirs et les salles de réunion de quelques institutions strasbourgeoises (Maison de la région Alsace, Pôle d’Arte, La Plage digitale, etc.), spécialement réquisitionnées pour accueillir GENERATOR, le Forum Audiovisuel de la Jeunesse, le silence habituel du week-end a laissé place au dynamisme de plusieurs centaines de participants venus de toute l’Europe, animés par plusieurs objectifs mais totalement dévoués à la réflexion et à la pratique du cinéma. On y croise de jeunes étudiants slovaques, des producteurs allemands et slovènes, des distributeurs polonais, des scénaristes bulgares, et d’autres membres de la génération 2.0., qui participent aux rencontres pour écouter les professionnels du secteur et investir ce domaine en mutation.

Pour y glaner des informations, des états d’esprit mais surtout la teneur des discussions, on se faufile dans le « Séminaire autour de la distribution et de la vente du court-métrage ». Sujet d’importance au vu de l’arrivée des nouveaux médias et des différences nationales dans ce domaine. Devant la foule des auditeurs multi-linguistiques – contraints pour l’occasion de se plier à l’anglais de communication – siègent des personnalités rarement présentes dans des rencontres publiques : Sabine Brantus (responsable des courts-métrages à Arte France), Dániel Deák (co-fondateur de Daazo.com), Alexandra Haneka (Département des ventes à KurtzFilmAgentur) et Sébastien Bailly (Festival Européen de Brive). Les deux questions combinées auxquelles la discussion doit répondre sont les suivantes : Comment utiliser les réseaux de distribution classiques ? Comment employer les nouveaux médias ?

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Un changement d’attitude et de génération

La distribution des courts-métrages est limitée. Tous les intervenants s’accordent à le dire, en pointant néanmoins le fait que les modes de diffusion télévisuelle (Arte, Canal +, France Télévisions, pour ne prendre que l’exemple français) et certains événements (comme le Festival de Brive et celui de Clermont-Ferrand) promeuvent le court-métrage sous toutes ses formes. Arte France, à travers son émission “Court-Circuit” et sa plage de diffusion des courts-métrages, donnent l’occasion à un potentiel large public (malgré les heures tardives de transmission) de découvrir ce format. Ces programmes se focalisent sur la fiction et l’animation, oubliant au passage la masse des courts-métrages documentaires et expérimentaux. Tout compte fait, il est impossible de parler d’une large diffusion depuis que les pré-programmes de courts ont été écartés des salles de cinéma, au profit de la publicité.

Deux points de vue, peut-être correspondant à deux générations, coexistent aujourd’hui : le premier tend à vouloir refaire des salles de cinéma un lieu dédié aux courts-métrages, tandis que le second semble utiliser Internet comme un espace légitime de diffusion du courts-métrages. Ces deux attitudes ne sont pas opposées. Elles cohabitent plutôt, par exemple à la KurtzFilmAgentur de Hambourg (équivalent allemand de l’Agence du court-métrage), où les actions mêlent l’organisation d’un festival, des actions auprès des cinémas (notamment pour remplacer les publicités par un pré-programme court) et l’ouverture vers la recherche de moyens de diffusions sur Internet (par la V.O.D.).

La question, même si elle ne peut pas s’y résoudre, est financière. La télévision rétribue les auteurs de films, là où Internet semble imposer le modèle de la gratuité généralisée. Les frais de diffusion doivent demeurer pour donner la possibilité aux créateurs de vivre de leur travail. La culture en Europe n’a pas changé depuis l’arrivée d’Internet ; l’idée est de diffuser les courts-métrages sur la chaîne de télévision, puis éventuellement de permettre une diffusion sur internet. Mais des signes montrent que la diffusion sur Internet peut être une manière de sélectionner de bons films, de juger du potentiel fédérateur de certaines œuvres. Par conséquent, les cultures numériques doivent être confirmées comme une plate-forme sérieuse et pertinente pour le court-métrage (ce qui signifie aussi payante pour les producteurs et les auteurs).

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Internet or not Internet

L’espace public qu’est internet ne peut pas remplacer l’intime salle de cinéma, disent certains. Internet est le futur de la diffusion, disent les autres. Adepte de cette dernière théorie, le hongrois Dániel Deák (fondateur de la plate-forme de diffusion Daazo.com) pense son site comme un « filtre » qui sélectionne les films de qualité (tout comme, sur d’autres niveaux, le font les festivals et les chaînes de télévision). Ce « filtre » signifie qu’une volonté de donner à voir les meilleurs films – c’est-à-dire porteur d’une ambition visuelle et humaine – sous-tend la démarche.

Avec Internet, le problème avec lequel il faut repenser la vente et la distribution se résume dans la notion de « disponibilité ». Que recouvre ce terme ? D’un côté, il signifierait la possibilité totale et gratuite d’offrir à voir les films sur Internet (idée développée par YouTube, par exemple). D’un autre côté, elle pourrait signifier que le film doit trouver une diffusion qui puissent rétribuer le travail important réalisé par une équipe de créateurs. Internet serait-il une « poubelle », demande un membre de l’assistance, ou bien un outil approprié à la diffusion ? L’avenir le dira, si tenté que les chaînes de télévision prennent le problème à bras le corps et que des solutions législatives puissent être trouvées.

Concernant le sujet brûlant de la distribution des courts-métrages, de nombreux espoirs naissent, notamment en Europe de l’est. Au-delà du débat autour d’internet, il apparaît important de mentionner l’émergence d’associations dédiées à la distribution des courts-métrages, comme Ad Arte (Pologne). L’enthousiasme de ces acteurs peut amener à trouver des formules nouvelles afin de combiner une large exposition des films à la (sur-)vie des créateurs.

Mathieu Lericq, envoyé spécial à Strasbourg

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