Musique de chambre de Julia Kowalski

Prix TV5 du meilleur film francophone, mention spéciale du Jury Presse, encensé par le Jury Jeune, le court métrage « Musique de chambre  » semble bien avoir fait l’unanimité lors du dernier Festival Paris Courts Devant. Lorsqu’on voit le film, on est alors prévenu. En réalité, le film provoque une gêne tant il propose une vision crue de la découverte de la sexualité et c’est peut-être une des raisons qui lui vaut de rester dans les esprits.

Le pitch, le voici. Rose, 12 ans, participe à une colonie musicale. Elle partage sa chambre avec deux adolescentes et découvre, un peu malgré elle, la sexualité qui la pousse à sortir de l’enfance. Pour raconter ce passage à l’adolescence, Julia Kowalski choisit seulement et strictement le point de vue de Rose. Si bien que tout passe par son regard et son interprétation dans ce décor quasi intemporel de colonie de vacances, qui apparaît comme un huis clos. La sexualité attise alors toute sa curiosité qu’elle éprouve face à l’inconnu, mais créé aussi une crainte ainsi qu’un certain dégoût.

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Le film est construit en scènes alternées. D’un côté, celles où l’on est avec tous les pensionnaires apprentis musiciens, lors des répétitions ou bien en excursions, qui sont les seuls moments où les garçons sont présents, de l’autre côté, celles où l’on se retrouve dans la chambre de Rose qu’elle partage avec une fillette de son âge et deux adolescentes qui exposent leurs exploits sexuels et leurs objectifs de séduction au sein du groupe.

La chambre apparaît alors comme le lieu de l’intimité féminine, mais aussi de voyeurisme puisque Rose observe et suit les conversations des deux grandes sans qu’elle soit réellement invitée à y participer. Et les adolescentes mettent tant de passion à raconter leurs histoires que Rose en arrive à avoir de l’admiration pour elles, c’est précisément ce qui la poussera à vouloir les imiter, sans bien saisir tout ce qu’il en retourne.

Tous les éléments qui marquent la puberté sont présents comme des étapes du passage à l’adolescence de Rose : celle-ci se mettra à essayer le soutien-gorge de l’une, avalera une pilule contraceptive de l’autre, se moquera de sa petite camarade qui joue avec un tampon hygiénique, jusqu’à suivre secrètement les ébats sexuels d’une des deux grandes et renverser sur son ventre, le sperme du préservatif utilisé à la fin de l’acte.

La musique de Daniel Kowalski marque également la transition vers l’adolescence de Rose : les airs, classiques lors des moments de répétition, témoignent de la période de l’enfance, puis, ils deviennent électro lorsque Rose observe, admire, apprend. La musique devient même un peu plus brutale, à l’image de cette sortie de l’enfance, pas toujours évidente aussi bien physiquement que moralement.

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Pour camper ses personnages, Julia Kowalski a choisi des jeunes doublés de musiciens. Aucune pincette n’est prise dans leur langage pour faire part de leurs préoccupations adolescentes (la drague et le sexe). Tour à tour, ils récitent les mots crus écrits par la réalisatrice elle-même. Le pari était risqué car l’interprétation fait parfois défaut dans ce court métrage.

Néanmoins, le film est réussi tant il fait part, sans fard, de la cruauté de ce passage à l’adolescence, et surtout parce qu’il est perçu par une fillette de 12 ans qui préfère finalement abandonner l’innocence de l’enfance pour cette phase si complexe de « l’entre-deux âges ». Et même si le sujet est assez récurrent dans le cinéma et si il est souvent traité sur un ton cru et dur, le tableau dressé par Julia Kowalski reste attachant par l’intimité et la féminité qu’elle créé, de la même manière qu’elle en fait un film identitaire grâce aux origines polonaises qu’elle a en commun avec le personnage de Rose.

Camille Monin

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