FIDEC : carte rose au Pink Screens Festival

Il y a quelques semaines, le Festival International des Ecoles de cinéma (FIDEC) clôturait sa 12ème édition. Une édition qui, toujours soucieuse de représenter la diversité cinématographique, inaugurait une collaboration avec le Festival Pink Screens en proposant la remise d’un Prix aux côtés d’une carte rose composée de 13 films explorant la question des genres, des sexualités et des identités multiples. Aperçu de nos 4 coups de Queer.

Pour celle ou celui qui s’intéresse de près ou de loin à la question des genres, le cinéma Nova et le festival Pink Screens n’apparaissent pas telle une équation à deux inconnues mais se révèlent être LE rendez-vous incontournable du mois de novembre, à Bruxelles. Co-organisé par l’asbl Genres d’à Côté et le Nova, le festival offre un voyage de 10 jours au-delà des frontières des identités sexuelles établies et propose une réflexion pertinente sur ce qui forge nos fondements identitaires.

Bang bang

Il est un âge fragile où les sentiments amoureux revêtent une tonalité grave et inégalable. Sans doute est-ce parce qu’ils sont éprouvés pour la première fois. C’est l’âge même où tout semble possible, où les audaces les plus folles rencontrent les rêves les plus farfelus. Dans leur film « Amor crudo », Martí Deus et Juan Chappa abordent avec une belle maîtrise ce premier flash, celui qui fragilise à jamais.

C’est la fin de l’année, Jeremias s’apprête à quitter ses amis de toujours pour aller à la fac. Il sent que cette sensation de bonheur et d’harmonie qui les unit ne va pas durer toute la vie. Il sait surtout qu’il devra se séparer d’Iván, son ami de toutes les fêtes, de tous les moments, même des plus intimes. Alors pour échapper au temps qui joue contre lui, il rêve d’appuyer sur pause. Il rêve que le comportement ambigu de son ami trahisse en réalité des sentiments partagés. C’est que tomber amoureux de son meilleur ami dans une Argentine à la mentalité bien virile n’est pas chose évidente. Deus et Chappa filment leur protagoniste avec une grande sensibilité, sans jamais le laisser tomber, le laissant se découvrir petit à petit de façon pudique à l’image de sa volonté de se rapprocher d’Iván, partagé entre l’envie de se dévoiler et la peur de tout perdre. Comme la chanson du générique du début « Sos lo que buscaba », ce court métrage argentin est un savant mélange de douceur nostalgique et d’amertume édifiante liées à toutes ces premières fois qui jonchent les chemins de nos « oui ».

Pas vraiment romantique, la première fois du jeune Joe ne manque pas de piment en revanche. On le retrouve en tête-à-tête avec un homme bien plus âgé que lui. Ils parlent en langage à peine codé derrière lequel on devine un joli plan Q. « Spring », deuxième volet d’une tétralogie saisonnière de Hong Khaou aime à surprendre le spectateur en attisant ses désirs enfouis. Le jeu pervers S/M dans lequel s’enfoncent doucement Joe et son Mentor va les retrancher dans les limites de l’acceptable et du supportable. Le soleil de printemps qui émane ses rayons sur la capitale britannique contraste fortement avec les ténèbres du fétichisme de l’asservissement humain. Assurément, « Spring » percute telle une claque sur les quatre joues.

Girls who are boys who like boys to be girls

Quand on parle de sexualités différentes, on a trop souvent tendance à les classer en deux catégories, les gays et les lesbiennes. C’est faire fi de toute une série de personnes qui doivent faire face à une identité biologique à laquelle ils ne se sentent pas appartenir. Tant que le passage à l’autre identité ne s’est pas fait, elles vivent un vrai cauchemar. « Le Retour au pays » de Carine Parola donne la parole à ces transidentités qui brouillent les pistes établies. À travers trois portraits croisés touchants, le film livre la réalité des ces clandestins, répertoriés dans aucun registre administratif, condamnés à une vie d’errance et de non-reconnaissance parce qu’ils refusent de se mettre dans une case. C’est aussi pour mettre en valeur leur récit que la réalisatrice a opté pour une mise en scène minimaliste qui présente les trois personnages filmés en face caméra. Dans un premier temps dans l’incapacité d’offrir leur regard à la caméra à cause d’une lumière vive qui les éblouit, ils se racontent et au fur et à mesure que les paroles se font plus intimes, les visages se dévoilent à la lumière tamisée pour replonger petit à petit dans le noir le plus complet. Les frontières physiques et psychologiques se mélangent pour ne faire plus qu’un tout. Une très belle réflexion sur son rapport à soi et son rapport aux autres !

le-genre-qui-doute

De son côté, « Le Genre qui doute », film de Julie Carlier, poursuit le questionnement à travers une peinture émouvante et sensible de Chris, un transgenre. Par son vécu, il remet en question les principes de masculinité et de féminité qui régissent nos façons d’appréhender la question des identités multiples, celles que nous avons reçues et derrière lesquelles nous sommes perçus et jugés, celles qui nous construisent aussi. Le documentaire de Julie Carlier révèle le quotidien de ces personnes qui refusent les étiquettes et qui s’en affranchissent délibérément. Un combat contre les autres et une quête pour soi.

Parce que des barrières persistent et empêchent toujours les minorités sexuelles d’acquérir l’égalité de leurs droits, le Festival Pink Screens force l’admiration dans sa volonté de promouvoir les différences. Le fait que le Fidec ait offert une carte rose au Pink Screens ne nous étonne finalement pas du tout et prouve une nouvelle fois que le Festival hutois, animé par un dynamisme revigorant se met sans cesse au diapason avec la société qui l’entoure et n’hésite jamais à surprendre les amateurs du court.

Marie Bergeret

Consulter les fiche techniques de « Amor crudo », « Spring », « Le Genre qui doute » et « Le Retour au pays »

Article associé : l’interview de Nicolas Gilson, programmateur et attaché au point presse du Festival Pink Screens

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