Tania de Giovanni Sportiello

Un marteau nommé Tania

« Tania » est un film sur un coup de tête : il devait se passer quelque chose, il se passe autre chose. Le film qui en découle jouit de liberté et d’une certaine malice à enchaîner les détails. Tania, une jeune fille de 16 ans, attendait certainement que ce garçon avec qui elle a couché une fois revienne pour l’assommer d’un coup de marteau, juste parce qu’il ne répond pas au téléphone. Mais voilà qu’en l’attendant, c’est une vieille dame qui se prend un coup dans la figure en tombant. Comme par hasard.

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Tania s’empresse d’aider la vieille dame à se relever et l’accompagne jusqu’à chez elle. Mais elle ne sait pas comment l’aider à soigner ses blessures. Alors elle s’en va et retrouve enfin le garçon qui lui dit « qu’ils allaient quand même pas se marier ». Tania, qui n’a plus la tête à cogner sur lui, retourne à grands pas chez la vieille dame qui émet son dernier souffle. C’est terrible de voir quelqu’un mourir. Mais chez Giovanni Sportiello, c’est plutôt étrange. Car tout est étrange chez Tania et dans « Tania ». Le béton est étrange, les enfants sont étranges, la cité est étrange ; au final, il vaut mieux casser une porte à coups de marteau plutôt que de cogner sur la tête d’un garçon qui n’en vaut pas la peine. Est-ce la morale ? Bien sûr que oui. Et bien sûr que non.

« Tania » est un film qui fait du bien à voir parce qu’on ne peut pas le définir. Comme si Antonioni revenait, un marteau à la main, filmer dans la cité sans scénario. Car le scénario de ce film est tout aussi oisif que la caméra : l’un et l’autre se laissent guider par ce qui arrive, par le sens du vent, par l’ennui, même. Si la caméra oscille sans cesse entre le très proche et le très loin, ce n’est pas une manière de vouloir nous faire entrer ou sortir de la tête du personnage ; au contraire, le film semble plutôt à une place d’observation qui guette chaque regard, chaque souffle de la jeune fille. On ne peut pas parler de caméra subjective et dire que celle-ci voit ce que Tania regarde;  la caméra de Sportiello a sa curiosité propre – une curiosité bien égoïste, comme son héroïne -, elle regarde souvent à côté, là où il ne se passe pas encore quelque chose. En somme, on peut dire que dans « Tania », la caméra est aussi adolescente que son actrice. Une beauté.

Ian Menoyot

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