Eenentwintig + Zeven de Kenneth Michiels

« 28 jours heureux »

Si « Eenentwintig + Zeven » de Kenneth Michiels, présenté en compétition nationale au Brussels Short Film Festival, ne laisse pas indifférent c’est qu’il est une expérience unique en son genre, un documentaire qui convie à une vraie rencontre entre le spectateur et Vibe qui, à sept ans, fait face à la dépression de sa mère avec une maturité déconcertante.

Vibe a 7ans, le nez qui coule souvent et un avis sur tout. Elle vit la semaine chez ses grands-parents où elle est scolarisée et le week-end chez ses parents où elle partage la chambre avec son petit frère d’un an. Quand Vibe trouve des coccinelles, elle s’amuse à compter leurs points sur les ailes afin d’apprécier ses jours de bonheur en perspective. Elle en a compté 21 + 7.

Dès le générique de début, Kenneth Michiel, issu du KASK, nous montre son envie de filmer une réalité inaccessible, une vérité qu’il tentera de dévoiler tout au long de son documentaire mais en vain. Des plans aériens sur la campagne flamande, sur une jolie musique de fosse, il ne restera que l’envie de trouver ailleurs ce qu’il ne peut trouver en lui. Car Kenneth nous parle de lui, sans trop de pudeur, ou plutôt de sa famille. Pour comprendre sa sœur qui vit une sévère dépression, il décide de filmer sa nièce et de réaliser un film témoignage. La grandeur du film est bien évidemment de dépasser le cadre personnel et familial du réalisateur grâce à la mise en place d’un dispositif formel qui à chaque instant semble l’emporter sur la réalité en se glissant dans ses interstices de façon quasi frénétique.

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La musique, principalement l’air du « Lac des Cygnes » de Tchaïkovski de la boîte à musique de Vibe, notamment restitue la magie de l’enfance que le réalisateur confronte à la terrible réalité, celle d’une mère qui vit la moitié du temps dans le noir et qui confie ses angoisses à son frère, étudiant en cinéma (« Je n’ai jamais voulu avoir d’enfants ») et qui, elle l’espère, montrera ses images à Vibe un jour. Dérangeant par ces confessions que l’on n’a pas l’habitude d’entendre et interpellant par la façon toute particulière qu’a le cinéaste de manipuler la réalité pour tenter de répondre à ses interrogations personnelles. Car il est évident que les questions qu’il pose à Vibe, c’est avant tout pour tenter de trouver des réponses pour lui-même et quand il filme sa sœur à son insu c’est sans doute pour capturer des éléments, au-delà de sa logorrhée suicidaire. Peut-être pense-t-il naïvement qu’avec sa caméra il renouera les liens familiaux et qui sait, guérira sa sœur? Avec son film « Eenentwintig + Zeven », Kenneth Michiels réussit le tour de force de donner à voir un documentaire où filmer l’autre devient en définitive une véritable quête de soi.

Marie Bergeret

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