Oh Willy… d’Emma de Swaef et de Marc Roels

L’homme à l’épreuve de la nature

« Oh Willy… », ce titre, à prononcer comme un soupir, évoque le surgissement du souvenir, et la mélancolie qui caractérise le personnage éponyme du film d’Emma de Swaef et Marc Roels. Projeté en avant-première en compétition nationale au Festival International de Clermont-Ferrand, « Oh Willy… » nous plonge dans un univers délicat et poétique, une véritable quête des origines.

Après « Zachte Planten », film de fin d’études réalisé en 2008, Emma de Swaef, accompagnée de Marc Roels, se lance à nouveau dans l’animation de laine et d’étoffes, et réinvestit les thèmes et motifs qui alimentaient le premier film : l’homme, la rêverie et son possible retour à l’état de nature. « Oh Willy… » est le résultat de la rencontre de deux univers singuliers, associant les textures chaudes et  » pelotonneuses » d’Emma de Swaef au cinéma déroutant de Marc Roels, qui a remporté le prix spécial du jury au festival de Clermont-Ferrand en 2008 avec son court métrage « Mompelaar ».

On retrouve dans chacun de ces deux films cette forêt traversée par la lumière, des personnages étranges et des situations insolites et une douceur alliée à la violence et à la confusion. Bref, on se perd avec un certain plaisir dans l’univers mystérieux d’Emma de Swaef et Marc Roels.

Willy est un homme d’un certain âge ; lorsque sa mère tombe gravement malade, il revient s’installer dans la communauté naturiste où il a grandi. Confronté à la mort et hanté par les souvenirs d’enfance, entre la douceur maternelle et la violence du monde extérieur, Willy perd peu à peu ses repères et se laisse envahir par la mélancolie. Une nuit, il s’enfuit dans la forêt, pour ne plus jamais revenir. Après une chute, Willy ne peut plus faire demi-tour, et préfère se livrer au bon vouloir de la nature, figure maternelle de substitution. Âme vagabonde entre passé et présent, Willy se perd pour mieux se retrouver. Ne devenant plus qu’un corps errant, planant, sa chute dans une forêt obscure est moins un voyage dans l’espace qu’un voyage dans le temps, un retour aux origines, au commencement du monde.

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Dans une caverne, à demi-nu, homme à l’état de nature, Willy fait la rencontre d’un être étrange, sorte de yeti venu tout droit d’un conte fantastique, d’une histoire qui se situe dans des temps plus anciens ou d’une autre dimension. C’est une nouvelle figure maternelle que Willy aura trouvée ici, faisant le choix d’une communion avec la nature plutôt que d’un naturisme communautaire.

« Oh Willy… » touche par son onirisme, la douceur des textures, et la mélancolie qui habite le film. La délicatesse du vent qui vient souffler légèrement sur les marionnettes et les décors, faisant bouger discrètement chaque fil qui constitue la chevelure de Willy, où faisant voler les pâles rideaux de la maison familiale, instaure un climat de sérénité et de nostalgie, et la musique, discrète mais puissante, accompagne avec justesse le récit. « Oh Willy… » s’apparente à un conte sans paroles dans lequel la musique, les bruits, la lumière et les textures portent toute la force émotionnelle du film. L’absence de dialogue ne fait que mettre en avant l’importance du touché. Willy caresse la main de sa mère, effleure les arbres et les fleurs, et nous spectateurs, aimerions également pouvoir frôler ces mystérieuses créatures de laine.

Emma Swaef a effectué un travail minutieux sur les décors, des pièces de la maison à la végétation et aux montagnes dans lesquelles Willy se retire. Ceux-ci semblent plus aboutis que dans « Zachte Planten », les contours sont plus précis, et le visage rondouillet de Willy plus expressif que celui du personnage principal du premier film. Les portes et fenêtres viennent constamment envelopper l’action, on perçoit les évènements à travers ces cadres qui viennent accentuer l’enfermement de la communauté naturiste, une communauté qui revendique une libération par la nudité, mais qui est obligée de s’isoler entre des grilles. Ces grilles et ces fenêtres forment un contraste avec les plans de paysages sublimés que l’on découvre au fur et à mesure. La monumentalité des paysages offre des moments de grâce, de contemplation de l’homme dépourvu de tout, qui, comme le montre un plan qui filme Willy au bord d’une falaise, n’est rien face à l’immensité de la nature.

Mais « Oh Willy… » se termine sur ce plan étrange et mystérieux d’une nature colossale perçue à travers l’encadrement d’une fenêtre : tout ceci n’était-il qu’un rêve, un voyage intérieur qui n’a finalement pas dépassé les murs de la maison familiale ?

Agathe Demanneville

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Article associé : l’interview d’Emma de Swaef

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