Sophie Lavoie d’Anne Emond

Cette année, le Fidec mettait le Québec à l’honneur. L’occasion pour nous de confirmer que la patrie de Denis Villeneuve et de Denys Arcand recèle de petits bijoux cinématographiques. Aux côtés des excellents « Next Floor », « Les Journaux de Lipsett », « Les Poissons » et « Mokhtar », on a pu apprécier « Sophie Lavoie », un court métrage simple et atypique d’Anne Emond.

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A l’instar de Yvon Marciano dans son « Emilie Muller », Anne Emond privilégie le plan fixe pour filmer l’évolution des sentiments d’une jeune femme bien dans son temps. Un plan immobile qui n’offre jamais de contrechamp visuel pour percevoir le malaise grandissant de Sophie, venue à un dépistage de MST (maladies sexuellement transmissibles). L’entretien qui se veut professionnel et banal pour le médecin prend une tournure bien personnelle et dérangeante à mesure que les questions se font plus indiscrètes. De la nonchalance du début, répondent le tremblement des mains, les hésitations, le trémolo dans la voix et le regard fuyant de la fin.

A l’aide d’un dispositif simple, Emond dresse le portrait de la société moderne qui fait fi du poids de la possibilité d’aimer qui on veut, quand on veut, comme on veut. Sophie Lavoie est une jeune femme moderne qui, malgré tout, plie sous le fardeau des conséquences de cette liberté sexuelle car elle ne l’assume pas complètement. Elle n’est pas malade, du moins elle l’espère, mais elle se rend bien compte que sa façon d’aborder ses relations affectives est symptomatique d’un mal-être.

Subtilement, sans poser de jugement moral, la réalisatrice arrive à présenter une magnifique illustration en demi-teinte de noirs et de blancs d’une femme d’aujourd’hui dans un huis clos des plus révélateurs.

Marie Bergeret

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