Le Vivier de Sylvia Guillet

Après des films insolites comme « Le Serrurier » ou « O jeunesse », la jeune réalisatrice Sylvia Guillet, toujours entre le réel et l’imaginaire, réussit une fois de plus à nous surprendre. L’histoire, c’est celle de Mathilde, qui se barricade dans sa maison avec son mari André, fusil au bras. Quel est donc ce secret qu’elle cherche à préserver ? De quelle étrange maladie André souffre-t-il ?

Le titre du film constitue un premier indice : si le vivier est destiné à conserver des poissons vivants dans un espace restreint, la maison de Mathilde répond clairement à cette définition. Il ne reste, aux spectateurs que nous sommes, qu’à contempler cette femme nageant dans son bocal, vouée à contempler une photographie de mariage et cette peinture qui orne le mur de la chambre comme seules fenêtres sur le monde extérieur et sur une vie qui n’est plus. Mathilde, tel un poisson, parcourt cet espace clos de long en large, arpente les couloirs et tourbillonne dans les escaliers.

Dans cette maison isolée, la frustration et le désir se font sentir, notamment dans la magnifique scène où Mathilde s’allonge près de son mari. La sensualité des corps et des mouvements ainsi que le son perceptible des peaux qui se touchent, accompagné par cet air de piano doux-amer, et le bruit des vagues, tout deux invoqués à plusieurs reprises dans le film, ne font que souligner l’importance des corps et de leur fluidité.

Vagues, gouttes d’eau et glaçons constituent en effet un deuxième indice et remplissent les verres tout comme la maison en créant un univers visuel et sonore qui se déploie jusqu’au débordement soudain. Dégoût et effroi, c’est ce que provoque la vision du mari de Mathilde lorsqu’elle soulève le drap qui le recouvre. On partage le choc de celle-ci, et frissonne en découvrant cette chose qui cherche le regard du spectateur lorsqu’un gros plan nous met nez à nez avec le mari transformé en… poisson ! La situation tourne rapidement à l’horreur lorsque Mathilde, vêtue de sa robe de mariée déguste paisiblement son époux, assise autour d’une table où se dresse un véritable banquet de fête. Pour accompagner ce plat étonnant, Sylvia Guillet nous ressert ce même air de piano, qui monte en intensité comme pour souligner la cruauté de la scène.

On se délecte de cette histoire à la fois belle et absurde, et on se laisse volontiers emporter par la musique envoûtante de Lori Shonberg et par une ambiance sonore qui aura permis à Sylvia Guillet de remporter le Métrange Sonore au festival Court Métrange. Enfin, on se prend également au jeu d’Agnès Adam, formidable en épouse protectrice et pleine de sensualité.

Agathe Demanneville

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