Isabelle Noguera. Le chat, la feuille et le jeu aux sept visages

Projetée en compétition au festival Off-Courts de Trouville, Lilith, la réalisation d’Isabelle Noguera parle de ces héritages où la mort caresse l’enfance.

Vous aviez déjà fait d’autres court-métrages avant celui-ci ?

En fait, c’est mon premier court-métrage où il y a eu un tout petit peu de sous. Je dis bien un tout petit peu parce qu’on n’a pas du tout eu les subventions que l’on aurait souhaitées, on l’a fait avec quasiment rien, donc, oui, c’est mon premier court-métrage. Le reste, c’étaient surtout des clips vidéo.

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© Nicolas Messyasz

Qu’est-ce qui vous a donné l’idée de réaliser Lilith ?

Je l’ai écrit à une période de ma vie où j’ai rencontré des personnes qui ressemblent terriblement à Rachel, qui est l’actrice principale, l’héroïne du film. Lilith est vraiment issu d’une histoire réelle. Des personnages m’entouraient à ce moment-là et Lilith est le nom de mon chat qui est aussi le chat du film ! En fait, je n’ai fait que prendre des éléments qui gravitaient autour de moi et j’ai construit une histoire.

J’avais tous ces éléments autour de moi et l’envie d’écrire un scénario mais pendant tout l’été rien ne m’est venu. La page blanche, vraiment. Et puis, un matin, je me suis levée et en quinze jours, j’ai écrit l’histoire de Lilith et me dire : « Ça y est ! J’ai le film ».

Dans la première partie du film, vous optez pour une photographie très travaillée…

Oui, elle a été travaillée, pour que ça donne un grain un petit peu spécial. On a voulu se situer quinze ans plus tôt, dans les années quatre-vingt. On a cherché à travailler le grain, la colorimétrie, c’est pour ça que cette partie-là est vraiment à part. Elle n’a même pas été tournée avec la même caméra. L’image est donc complètement différente.

Quelles indications de jeu avez-vous donné à Ophélia Kolb qui joue Rachel et à Claire Philippe qui joue Lucile ?

Il y a vraiment deux façons de travailler complètement différentes pour l’une et l’autre. Avec Claire, ça a été un peu particulier. On a eu un problème de comédienne cinq jours avant le début du tournage, celle qui devait jouer Lucile nous a quittés. On a dû retrouver quelqu’un en urgence, du coup,  on a dû travailler très rapidement parce que le tournage approchait. J’essayais de lui dire de se laisser emporter dans l’histoire en se laissant presque être elle-même. C’est quelqu’un de très doux, de très calme, du coup, je voulais qu’elle garde ça, parce qu’elle allait se retrouver face à quelqu’un qui allait être pratiquement son opposé.

Par contre, pour Ophélia, ça a été un petit peu plus compliqué : j’allais chercher un personnage qui, finalement, n’existe pas, qui n’est pas forcément très naturel, du coup, je lui ai demandé de travailler sur les personnes qui vivent des drames, qui sont psychologiquement très fragiles. Je lui ai vraiment demandé de chercher en elle la fracture qu’il y aurait pu y avoir si elle avait vécu le drame que vit l’héroïne.

Ophélia a vraiment un talent incroyable. Je lui donnais une indication, le coup d’après l’indication était intégrée. On a opéré par petites manettes, ça a été très intéressant de travailler avec elle.

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© Nicolas Messyasz

On voit bien les gradations de son jeu, notamment dans la scène du repas où son visage change d’attitude à plusieurs reprises…

Oui. On a fait un gros travail pour cette scène. Je lui ai demandé de prendre le texte et de le découper en séquences pour camper des personnages différents. Dans ce travail, il y a au moins six ou sept femmes différentes : un jeune enfant, un autre âgé de sept ans, une femme cartésienne, une autre complètement déjantée, etc. Toutes les trois-quatre tirades, ça bascule. On la voit prendre des mimiques d’enfant et quelques instant plus tard, elle devient quelqu’un de très carré.

Pour illustrer l’accident de voiture de la mère de Rachel, j’ai beaucoup aimé votre façon de suggérer les choses avec une feuille qui tombe et qui se détache….

Ca, j’en ai bien bavé pour y arriver. J’ai embêté tout le monde. On l’a refait à trois reprises. On l’a fait avec une vraie feuille qui tombe, et ça été très compliqué. Ce n’est pas de l’infographie, hein ! J’aurais bien voulu utiliser l’infographie mais quand on n’a pas les moyens….

Et comment avez-vous eue cette idée de la feuille ?

J’avais envie de marquer l’accident, mais je n’avais pas envie d’en montrer un, je trouvais ça sans intérêt. J’avais envie aussi d’une respiration pour le moment où il y aurait cet accident. Pour essayer de m’approcher de cette mort, j’avais besoin de quelque chose d’à la fois léger et d’esthétique. J’ai mêlé l’idée à l’image, et la voix également puisqu’à ce moment-là, il y a une chanson qui parle réellement de la mort. Elle dit : « Pourquoi le ciel est bleu, et moi, je m’en vais déjà, je n’entends plus mon cœur qui bat… ». L’idée, c’était vraiment de plonger le spectateur dans une réflexion sur le rapprochement avec la mort. Et,maintenant, qu’est-ce qu’on va en faire ?

Franck Unimon

Article associé : la critique de Lilith

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