Un Transport en commun de Dyana Gaye

Déjà en compétition pour le César du Meilleur Court Métrage en 2008 avec « Deweneti », Dyana Gaye retente cette année de décrocher le prestigieux prix avec sa dernière réalisation : « Un Transport en Commun ». Le film avait déjà rencontré le succès en 2010 lors de sa sortie en salle, de même que dans les nombreux festivals qui l’ont accueilli à travers le monde.

« Un Transport en Commun », tourné au Sénégal, suit le parcours d’une dizaine de personnages se rendant de Dakar à Saint-Louis. Là où l’on attend un road movie, c’est en fait une comédie musicale que l’on trouve.

Le film s’ouvre sur la préparation au départ d’un taxi auquel il ne manque qu’un passager pour rendre le voyage des plus rentables. C’est l’occasion d’introduire une première séquence musicale au cours de laquelle, en plein cœur de Dakar, en chantant et en dansant, les six voyageurs présents parviennent à se décider à partir.

De ce point de départ, se développe un scénario usant de séquences alternées au cours desquelles nous pouvons voir le passager manquant tenter de rejoindre le taxi, qui, lui, est bloqué dans les bouchons. Par le même procédé, la nièce de l’une des passagères du taxi vient s’ajouter aux personnages du film, tandis qu’un peu par hasard, un lien se crée entre cette dernière et le passager retardataire, faisant l’objet d’une nouvelle séquence alternée.

L’écriture est savamment menée et au fur et à mesure que le taxi se rapproche de Saint-Louis, de nombreuses autres relations nous sont dévoilées. Le scénario est donc suffisamment incisif pour capter l’attention du spectateur, au point que l’on s’oublie dans le film. On se laisse alors guider par sa structure qui nous transporte avec les personnages d’une séquence musicale à une autre. Or, ce sont dans les musiques, les chorégraphies, les chants et leur texte que réside l’intérêt central du film. C’est par le chant et la danse que les personnages tissent des liens, s’unissent les uns aux autres et expriment le discours que le film cherche à faire passer.

Tandis que l’un chante les maux du pays, un autre nous fait part de son rêve d’aller en Italie et d’en revenir riche pour pouvoir épouser sa fiancée. Un autre personnage, en déclarant se rendre à l’enterrement de son père, révèle quant à lui que ses racines sont et resteront au Sénégal, et qu’il ne prendra pas le risque de quitter le pays et de disparaître dans le mensonge si le succès escompté à l’étranger n’est pas atteint. Deux autres personnages manifestent également leur amour réciproque, entre homme blanc et femme noire. Cette même femme souffre par ailleurs du manque de confiance que la génération qui la précède a l’égard des plus jeunes.

Le film aborde donc aussi bien des éléments positifs que des éléments négatifs, que ceux-ci soient propres au Sénégal ou non. C’est d’ailleurs grâce à cela qu’il parvient à dépeindre le Sénégal avec autant de fidélité, tout en restant accessible au public français. Les chants, les musiques, les danses et les dialogues se répartissent d’ailleurs entre langue et culture sénégalaise et langue et culture française, encore une fois grâce aux prouesses du scénario qui intègre au film un personnage français. De plus, les fans de comédies musicales ne sont pas si rares en France, les adeptes du genre apprécieront donc « Un Transport en Commun », au moins pour ses plans-séquences enchantés, qui intègrent des mouvements chorégraphiés, de l’arrière plan au premier plan.

Rémy Weber

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