Moja biedna glowa (Ma pauvre tête) d’Adrian Panek

Fort et libre, le cinéma polonais s’imprime à vif. Que ce soit devant un court de Polanski ou devant un long de Skolimowski, quelque chose vous précipite dans du jamais vu. Appelez ça une baffe dans la gueule ou un joli précipice, si vous le voulez. Apprêtez-vous surtout à découvrir dans le même ordre d’idées « Moja biedna głowa » (Ma pauvre tête) d’Adrian Panek, projeté en compétition ces jours-ci à Brest.

Le film d’Adrian Panek a été réalisé dans le cadre d’un projet éducatif bien particulier, le concours Décalogue 89 +, articulé autour de deux axes, l’un littéraire, l’autre cinématographique. Vingt ans après « Le Décalogue » de Krzysztof Kieślowski, les élèves des écoles secondaires polonaises se sont vu inviter à s’exprimer sur les valeurs morales auxquels ils ont foi et sur les dilemmes, soucis et sentiments de révolte auxquels ils peuvent être confrontés, le tout inspiré par l’un ou l’autre commandement du « Décalogue ». Après sélection, les meilleures histoires courtes imaginées par les jeunes ont été réalisées par des étudiants et récents diplômés d’écoles de cinéma polonaises ; dix films ont ainsi vu le jour, la jeune génération dialoguant avec elle-même.

Retenu parmi plus de trois mille projets, adapté d’une nouvelle de Joanny Łabuz, « On », « Moja biedna głowa » est ainsi inspiré par le quatrième commandement du « Décalogue » : « Honore ton père et ta mère ». Après la mort de sa mère, Wojtek est amené à s’occuper de son père dépressif, mutique et désœuvré. À 16 ans, il devient le vrai chef de famille et rejette toute ingérence du monde extérieur. Le jour où sa proviseure le menace de l’envoyer en orphelinat si son père ne se présente pas à l’école, Wojtek est plus que jamais confronté à ses responsabilités et à ses propres peurs.

Adrian Panek filme la maladie de l’intérieur et le fait avec tact et retenue. Il donne à voir le contact difficile voire impossible avec l’autre, le monde secret et le repli sur soi de celui qui souffre et qui a renoncé, et le sentiment de solitude et le réflexe de protection de celui qui lutte et qui maintient tant bien que mal les apparences. Tout le générique participe à la force d’impact du film, que ce soit le cadre serré, la musique aérée, le jeu étourdissant des trois comédiens principaux. Pour servir le tabou de son histoire, Panek use également de l’hors-champs mais il n’hésite pas pour autant à montrer des images saisissantes de cruelle vérité telles celles du père traîné de force dans la baignoire par son fils.

Film miroir sur la dépression, l’inversion des rôles, le chantage affectif, les limites mais aussi l’amour, ce « petit » court, plutôt anonyme de par son titre dans un festival francophone, a tout d’un grand film. Tant par sa sincérité et sa pudeur que par l’intimité de son rapport fils-père.

Katia Bayer

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