Blokes de Marialy Rivas

« Fenêtre sur coeur »

Si le style de l’écrivain chilien Pedro Lemebel se caractérise par une transgression certaine de l’uniformité, « Blokes », le film de Marialy Rivas inspiré d’une histoire du romancier provocateur et sélectionné au Festival du film de New York, apparaît quant à lui comme une illustration uniformément transgressive du désir d’un jeune adolescent, en pleine dictature Pinochetienne.

A 13 ans, Luchito vit reclus avec sa mère dans un bloc d’immeubles de Santiago de Chile. La seule passion qui l’anime est la contemplation de son voisin, Manuel. Une contemplation statique et platonique qui se meut en un désir sexuel tenace. Avec  « Blokes », jamais l’éros juvénile n’avait été montré avec autant de proximité et d’empathie. Le moindre mouvement du protagoniste est plein d’une sensualité qui s’exprime par son souffle. De beaux et lents plans quasi hypnotiques captent la volupté du corps adolescent qui se découvre.

Ayant déjà abordé le thème de la quête sexuelle dans son précédent court métrage « Desde de siempre » (1996), la réalisatrice chilienne dit avoir été littéralement obsédée par la nouvelle de Lemebel. Après tout, la création n’est-elle pas qu’un miroir d’obsessions ? Après avoir harcelé l’écrivain pendant deux ans, Rivas réalise enfin le film et réussit à le faire sélectionner à Cannes où les programmateurs y ont pu apprécier sa délicate narration au style finement transgressif.

Une des forces de « Blokes » est de présenter l’histoire dans le contexte de la dictature chilienne sans paraître trop politique. Le propos n’est effectivement pas la cause politique en soi mais la tentative subtile de démontrer à quel point les actes individuels peuvent compromettre la collectivité lorsque la liberté d’expression n’existe plus.

L’univers de Luchito nous est montré telle une fenêtre complexe, ouverte sur un monde érotique et cinématographique. SA réalité l’emporte sur LA réalité chilienne qui surgit finalement à notre conscience presque par hasard, presque par erreur. Pareil à l’adolescence, le film de Marialy Rivas est une sorte de lente et nostalgique léthargie de l’éveil !

Marie Bergeret

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