Don’t Let It All Unravel de Sarah Cox

Tout se disloque. Le centre ne peut tenir – The Second Coming, W. B. Yeats

Lauréat du Grand Prix de Tricky Women 2008, du Grand Prix du Festival regard sur le court métrage au Saguney 2008, du Prix spécial du Jury Hiroshima 2008, et de bien d’autres accolades, l’ovni « Don’t Let It All Unravel » a enclenché des applaudissements enthousiastes à Anima.

Le film de Sarah Cox repose sur l’idée de défaire, de démêler, au sens littéral du mot unravel, et sur la découverte, au sens figuré. La réalisatrice britannique a choisi d’animer une tapisserie, en train de se détricoter, représentant des éléments relatifs à la menace écologique actuelle : la Terre, des avions, des ours polaires, des glaciers fondants, … En l’espace de deux minutes, tout tend à se désagréger, pour ne plus tenir qu’à un fil de laine. « Don’t Let It All Unravel » fait aussi référence aux découvertes scientifiques importantes qui mettent en péril l’équilibre de la planète. Le pessimisme est renforcé par l’accompagnement musical, un chant répétitif, aux tonalités tribales africaines, présage d’un avenir morne mais imminent.

« Ne laissons pas notre monde ne tenir qu’à un fil. Raccommodons-le. » : le synopsis du film recommande la sensibilisation et l’action. Curieusement, en anglais, le pitch – « Don’t pull the end of the thread*, darn it! » – contient un jeu de mots supplémentaire. Le verbe darn signifie à la fois repriser un vêtement, et un juron euphémique en allusion à damn (m****). Le film n’est pas anglais pour rien !

Ce très court réussit, malgré son format succinct, à ramener l’art cinématographique au service des considérations sociopolitiques, à la façon du cinéma documentaire, ou des publicités de propagande britanniques, telle la campagne des années cinquante, « Go to work on an egg ». L’animation de Cox témoigne de l’efficacité du soft power dans un domaine où les messages ne sont pas toujours faciles à faire passer, mais nécessitent tout de même une prise de conscience globale et une réaction urgente.« Don’t Let It All Unravel » est une tentative ingénieuse de véhiculer un tel message critique, d’une façon minimaliste, quasiment naïve et véritablement universelle, par la métaphore du tricot.

Adi Chesson

* Ne tirez pas le bout du fil

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