A fantastic journey in Plympton’s world

À 63 ans, l’animateur et dessinateur Bill Plympton n’a rien perdu de sa superbe et de son humour subversif. Sélectionné pour les Oscars et récompensé par le Prix du Jury à Cannes en 1991 pour le court métrage « Push Comes to Shoves », sa réputation n’est plus à faire, et le nombre de ses productions ne semble pas se tarir, qu’il s’agisse de longs ou de courts métrages qu’il enchaîne à un rythme effréné. Sexe, violence, dessins au bistouri, humour caustique, cet Américain, adepte du politiquement incorrect, s’est toujours tenu à l’écart des grosses sociétés de production et continue son bonhomme de chemin sur la dure pente de l’indépendance à tout prix. En février, Mister Bill nous a fait l’honneur de sa visite lors du Festival Anima, à Bruxelles, accompagné de surprises en tout genre et… dans son genre. Rencontre exceptionnelle organisée par l’ASA, l’association des scénaristes de l’audiovisuel.

© Renaud Fang

Le producteur, réalisateur, et scénariste belge Laurent Denis a accueilli l’animateur américain Bill Plympton au cours de la 28ème édition d’Anima pour une conférence intitulée Écrire l’image par image. Ce n’est pas la première fois que Plympton promène son grand corps et son visage poupin dans ce festival. La Belgique, c’est un peu comme là d’où il vient, l’Oregon, un pays pluvieux qui encourage les vocations précoces : « quand on est enfant et qu’il est impossible de jouer dehors, il faut s’occuper. Le dessin est une bonne occupation d’intérieur ». Il aura donc fallu attendre la vision particulière de cet artiste hors normes pour nous révéler la raison du nombre impressionnant de dessinateurs qui sévissent dans le plat pays : le temps, tout simplement !

C’est la quatrième fois que Plympton rend visite au festival. Il le dit lui même, le Festival International du Film d’Animation de Bruxelles est son festival préféré. Et Anima le lui rend bien puisque cette année, deux de ses films ont été sélectionnés : « Idiots and Angels » dans la catégorie long métrage, et « Hot dog » pour les courts en compétition.

Pourtant, Plympton est reparti sans  trophée sous le bras, ne recevant qu’une mention spéciale pour son chien sapeur-pompier et gaffeur de vocation. Espérons seulement que l’animateur n’en tiendra pas rigueur à Bruxelles pour les prochaines éditions car, s’il a un talent fou, Plympton n’est pas ce que l’on pourrait qualifier de modeste. Pour preuve, les titres choisis pour ses séries, comic-strips hebdomadaires, et autres DVD : Plympton, Plymptoons, Mondo Plympton, Plympmania… Un choix  marketing pour imposer une image forte ? Certes, et avouons-le, ça marche.

Ajoutons que pour rester indépendant et ne pas être englouti par la masse, le réalisateur doit user de stratégies pour être reconnu. De toute façon, le talent ne fait pas bon ménage avec la modestie, et c’est tant mieux. Généreux, ouvert, le réalisateur sait se rendre disponible pour son public, n’hésitant pas à brancher une webcamera au-dessus de sa table à dessin pour permettre aux « plympmaniaques » de suivre son travail en direct de New York City.

idiots-angels

Les spectateurs privilégiés bruxellois qui ont pu assister à la conférence, eux, ont eu le plaisir de le voir exécuter des dessins en deux temps trois mouvements sur le rétroprojecteur du Studio 5 du Flagey… Une dextérité impressionnante : ses longues années de caricaturiste pour divers magazines et journaux lui ont appris à travailler vite et bien. Généreux disions-nous, Bill Plympton n’est pas seulement venu armé de son crayon et de ses feuilles blanches, mais aussi de jolies surprises filmées et non filmées. Devant nos yeux, l’animateur a feuilleté le storyboard de son dernier long métrage, (« Idiots and Angels ») une série de dessins à la fois précis et agités. L’histoire ? Un  véritable « trou du cul » (dixit Plympton) s’aperçoit un matin que deux étranges ailes poussent sur ses omoplates. Contrairement à ce que l’on voit habituellement, ce héros « angélisé », se voit contraint à faire le bien, malgré sa volonté de nuire.

Du côté des films, nous avons eu le plaisir de voir un extrait de ce dernier long,  mais aussi les 5’50 de « Hot dog » ainsi que  le court métrage « Santa : The Fascist Years » dans lequel un Père Noël fasciste impose sa loi et se retrouve en guerre contre la dinde de Thanksgiving, les lapins de Pâques et autres épouvantails d’Halloween, ne trouvant pour seul allié qu’Adolph Hitler himself à qui il serre la main… Voilà une petite chose en noir et blanc qui ne sera pas du goût de tous.

Avec humour et dérision, Bill Plympton s’est prêté au jeu de l’entretien, pimentant le tout de petites anecdotes, notamment sur Disney : « À quatorze ans, j’ai envoyé des dessins chez Disney pour qu’il m’engagent. Ils ne m’ont jamais répondu. Je n’ai pas été déçu parce qu’ils ne m’ont pas renvoyé mes dessins. Je me suis dit, s’ils les gardent, c’est qu’ils les aiment ! » Ironie de l’histoire, quelque trente années plus tard, les studios Disney demandent à Plympton de travailler sur Aladin. Il refuse. Rancunier Bill Plympton ? Non, libre tout simplement !

Sarah Pialeprat

Article associé : la critique de « Hot dog »

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