Les Bigorneaux de Alice Vial

Brignogan-Plages, face à la mer, venez savourer un café ou une bière au bar les Bigorneaux dont le charme simple et authentique ne vous laissera pas indifférents. Le petit plus : la playlist et la sympathie de Guy, le patron.

Au premier abord, rien ne semble pouvoir perturber ce décor maritime. Sauf que ce n’est pas Guy qui fait tourner la boutique, mais bien Zoé, sa fille de trente ans, qui se dévoue corps et âme depuis la mort prématurée de sa mère. Trente ans à mettre sa vie et sa santé de côté : Zoé, n’en peut plus, le cri des mouettes et ce paysage de carte postale la rendent malade, littéralement.

Réalisatrice, scénariste et actrice, Alice Vial passe des formats longs aux courts en prêtant toujours une attention particulière aux personnages. Dans ce quatrième court-métrage, elle nous dresse un portrait de femme touchant, drôle et juste.

Récompensé fin février par le César du meilleur court métrage de fiction et lauréat fin mars du Prix du Meilleur Film de fiction (ex aequo) au Festival du Film d’Aubagne Les Bigorneaux est porté par un trio d’acteurs qui fonctionne bien : Philippe Rebbot interprète le père, Rebecca Finet, une employée du bar et Tiphaine Daviot nous véhicule les états d’âme de Zoé. Leurs échanges, drôles et pertinents, rythment cette comédie et maintiennent une légèreté malgré le sérieux des thématiques abordées.

Si le film est émouvant et léger à la fois c’est d’ailleurs en partie grâce à la complicité qui apparaît entre Tiphaine Daviot et Philippe Rebbot. En effet, Alice Vial explore aussi la relation père-fille. Ici le lien est tendre et complexe. Adolescent attardé, Guy est dépassé depuis la mort de sa femme. Il laisse tout reposer sur les épaules de sa fille et, paradoxalement, refuse de la voir grandir. Il se réfugie dans le rock et dans ce fantasme américain de liberté plutôt que de se confronter à la réalité.

Ce contraste se retrouve dans la bande son très soignée du court-métrage. Majoritairement intra diégétique, la musique rock de Pierre-Antoine Durand laisse parfois place aux bruits de la mer. Ce va-et-vient entre l’ici et l’ailleurs est suggéré tout au long de la fiction. Une invitation au voyage qui donne envie, contrairement aux bigorneaux qui s’accrochent aux rochers, de prendre le large.

Juliette Lytovchenko

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