Le film de la semaine : Katatsumori de Naomi Kawase

Genre : Documentaire, 40′, 1994, Japon, Naomi Kawase

Synopsis : Deux ans après Dans ses bras, Naomi Kawase filme sa grand-mère, qui l’a élevée depuis l’enfance, dans ses gestes quotidiens et sans cesse répétés, en particulier les soins dont elle entoure les plantes du jardin. De la même manière, la cinéaste filme quotidiennement et inscrit son geste cinématographique au cœur de la relation qu’elle entretient avec son aïeule.

Avant d’affiner le style très gracieux et intimiste qu’on associe à Naomi Kawase, la réalisatrice japonaise s’est tournée vers des éléments autobiographiques à l’aube de sa filmographie pour livrer des bijoux du cinéma documentaire. Par une heureuse coïncidence, alors qu’on savoure la sortie de Vers la Lumière, son tout dernier long, Katatsumori (Escargot), un de ses premiers courts métrages, était programmé à Bruxelles le 22 février dernier dans le cadre des séances Short Screens.

Sa relation avec ses grand-parents et parents adoptifs est un sujet récurrent dans les premiers films de Kawase, déjà prolifique dans le cinéma à peine sortie de ses études de photographie à l’École des Arts Visuels d’Ōsaka. Cette idée revient comme leitmotiv en filigrane de ses fictions tout au long de sa carrière, comme par exemple dans An (Les délices de Tokyo), avec la figure maternelle suranéee traitée tour à tour comme un sujet d’isolement et de révérence.

Katatsumori est en quelque sorte l’expression la plus sincère de cette hypothèse filiale. En filmant dans toute leur lenteur les réflexions spontanées, les souvenirs racontés et les les gestes quotidiens de sa mère Uno Kawase, notamment lors de ses labeurs au jardin, Naomi Kawase retrace de manière symbolique l’amour et l’éducation qu’elle a elle-même reçus de sa marâtre. Elle lui rend en même temps hommage dans sa vieillesse, témoignant comme un besoin sous-jacent de figer le temps et d’immortaliser à l’image ces moments entre mère et fille dans toute leur impermanence.

Avec un sujet faussement anodin en apparence et un choix formel (le Super 8) caractérisé par des imperfections esthétiques et techniques, Naomi Kawase signe une œuvre singulière qui valse entre home movie et grand documentaire à portée universelle. Les sauts du son et le grain dense et raturé ne font qu’appuyer le soin et la discipline implacable avec lesquels l’enfant porte un regard émerveillé sur sa mère qui la regarde à son tour avec pudeur et tendresse.

Adi Chesson

Article associé : l’interview de Naomi Kawase

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