Retour sur Clermont-Ferrand 2017

La 39ème édition du Festival de Clermont-Ferrand s’est déroulée du 3 au 11 février 2017. Cette année, la compétition a proposé une multitude de courts-métrages en compétition, en parallèle à des focus consacrés au cinéma colombien et à l’humour noir, ainsi qu’une carte blanche à la société de production Je suis bien content.

La section internationale proposait cette année une sélection de courts-métrages, dont certains se distinguaient par leurs sujets originaux et la force de leurs discours, comme par exemple « Gasper » de Bryony Dunne , « In White » de Dania Bleir ou encore « Kommitten » de Gunhild Enger (ancienne lauréate du Prix Format Court avec son film « Prematur », primé au Festival de Brest) et Jenni Toivoniemi.

« Gasper » de Bryony Dunne (Irlande), réalisé en 2016, est un film qui met en avant une réflexion écologique. Au fin fond de l’Irlande, au détour d’un petit chemin, vit un jeune Slovène qui passe ses journées à gravir la bruyère et à pêcher la truite. Le réalisateur n’utilise que des plans fixes, suivant son personnage dans les paysages irlandais. Le spectateur se laisse guider par cette fresque écologique très apaisante où Gasper revient à l’état naturel, vivant sans électricité et se lavant dans les ruisseaux. Silencieux, il se laisse porter par ce que lui offre la nature, écoutant ce qui l’entoure.

« In White » de Dania Bdeir (Liban), réalisé en 2016, met en avant l’histoire de Lara, Libanaise qui vit à New-York et qui retourne chez elle pour l’enterrement de son père. Elle va devoir présenter son fiancé juif à sa famille et affronter les traditions religieuses qu’elle avait tenté de fuir. Lara n’est pas à l’aise dans ce cercle familial où sa mère l’oblige à porter du noir et avoir un brushing impeccable, préférant rendre hommage à son père, en étant épanouie et en s’habillant de blanc. Ce court-métrage met en lumière la confrontation entre la modernité et les traditions plus ancestrales. La force du film tient beaucoup à l’interprétation de Lara, incarnée par Maria Achkar, qui livre une performance impressionnante. Le spectateur arrive à sentir son combat intérieur, entre modernité et tradition, elle doit faire un choix.

Du côté de la sélection nationale, « Rhapsody in Blueberry » de Gaëlle Denis se distinguait des autres courts-métrages par son visuel original, son humour et sa courte durée (4 minutes). Le film met en avant Rhapsody, une jeune femme téméraire qui cherche un sens à sa vie. Son pouvoir d’imagination plonge le spectateur dans un univers poétique et coloré, notamment grâce aux décors. L’interprétation d’India Hair, campant avec fraîcheur et humour le personnage de Rhapsody, participe à ce monde féérique et à la singularité du film.

Autre réalisatrice à nous intéresser, Emma Benestan à l’origine de « Goût Bacon » qui a obtenu la Mention spéciale du Jury Presse national et qui raconte l’histoire de Bilal et Adil, deux amis, qui se mettent en quête de filles pour sauver leur réputation suite à la découverte d’une photo ambigüe sur Snapchat, que le spectateur ne verra jamais tout au long du film. Ce court métrage traite de sujets profonds avec une certaine légèreté : la religion et, surtout, les rapports amoureux et leurs tabous en banlieue. La réalisatrice inverse les rôles classiques avec des petits mecs tendres et des jeunes filles beaucoup moins sensibles à l’amour. Le spectateur est pris de compassion pour ces deux jeunes qui ne savent pas comment s’y prendre avec les filles. Ce court-métrage, né d’un atelier d’improvisation mis en place avec l’association 1000 Visages, puise son originalité dans la réalité des relations entre ses personnages, tout en voulant parler des difficultés entre filles et garçons, et du tabou de l’homosexualité.

Un précédent article avait mis en avant notre coup de coeur de la sélection Labo, « Hopptornet » de Maximilien Van Aertryck et Axel Danielson (Suède), qui a remporté le Prix spécial du Jury et le Prix du public. Les deux réalisateurs proposaient un court-métrage documentaire sur le choix de sauter ou non d’un plongeoir de 10 mètres. Cette idée originale est traitée avec beaucoup d’humour, le spectateur voit l’hésitation des personnes sur le point de sauter ou non. Les réactions sont diverses, une enfant d’une dizaine d’année prend par exemple moins de temps de réflexion qu’un homme plus mûr qui décide finalement de redescendre sur la terre ferme, plus sûre. Les deux réalisateurs ont choisi un panel de personnalités (des hommes, des femmes, des personnes âgées, des jeunes, ceux qui sautent en duo ou seuls), permettant au spectateur de s’identifier à eux et de se demander ce qu’il aurait fait à leur place.

Le festival proposait également une carte blanche au Festival des nuits sonores, « Décibels ! ». Ce programme présentait une sélection de divers clips musicaux, par exemple, l’humoriste « Nobody speak » de Run the Jewels ft DJ Shadow, réalisé par Sam Piling, qui met en scène le Président des États-Unis et le Premier Ministre anglais au siège de l’ONU, qui se querellent en rappant et se battent de manière inattendue à mains nues.

Par ailleurs, « A take Away Show » de Colin Solal Cardo qui filme Alicia Keys de passage à Paris et chantant au Comptoir Général, est un clip assez surprenant. La proximité entre la chanteuse et le public, ainsi que les plans très serrés, plonge le spectateur dans l’intimité du moment. La justesse et la sensibilité des chants s’ajoutent à cette atmosphère familiale, où le spectateur se laisse guider par la musique. Comme « Nobody speak »,  « A take Away Show » ne laisse pas le spectateur indifférent par son originalité, son engagement ou encore sa proposition visuelle et sonore.

Lila Toupart

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