A Coat Made Dark de Jack O’Shea

En compétition internationale au Festival Court Métrange 2016, « A Coat Made Dark », film d’animation irlandais réalisé par Jack O’Shea et produit par Still Films, en tous points insolite et captivant, met en scène deux cambrioleurs devenus riches après avoir dérobé un manteau mystérieux dont les poches renferment une fortune considérable. Le film, que l’on peut voir comme une illustration du mal parvient pourtant, à travers ses personnages atypiques et ambivalents, à en proposer une vision positive.

Les personnages, à défaut d’être des héros, écopent d’emblée d’une obscurité que relaye l’esthétique du film. Ainsi cette illustration de la notion du mal passe d’abord par l’aspect formel et en particulier par des éléments du genre fantastique tels que cette couleur noire qui envahit souvent le cadre et ne laisse la place qu’aux personnages, eux-mêmes souvent très sombres. Un contraste se fait ensuite avec la découverte du manteau, d’un rouge vif et piquant, il vient rajouter à l’étrange un fort sentiment d’angoisse.

Une esthétique formelle d’une qualité remarquable, qui prend sens avec cette histoire sombre de domination et de pouvoir entre un chien et un homme. Un jeu de domination qui se voit poussé à l’extrême avec un manteau mystérieux. Le réalisateur construit, dès lors, des personnages complexes qui font preuve d’une certaine ambivalence, ce qui lui permet de dresser une vision positive de cette notion du mal.

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Cette construction dramaturgique particulière a le mérite aussi d’illustrer un sentiment presque morbide d’interdépendance entre deux personnages diamétralement opposés : un homme ingénu et un chien anthropomorphe d’une grande avidité. Leur relation que scelle le manteau, sonne comme une erreur de parcours que les mots de l’homme (« I don’t know how I ended up with just him as company »), soulignent. Une erreur de parcours qui, rapidement, prend la forme d’un cauchemar déconcertant. Lorsque le chien se laisse tenter par la fortune du manteau en y plongeant sa main au fond d’une des poches, le réalisateur fait le choix de la répétition du geste et de l’accumulation. Par milliers, des pièces d’argent dorées formant comme une galaxie s’amoncellent sur un fond noir et créent un effet hypnotique qui confirment l’idée du cauchemar. Dès lors, l’aspect étrange de leur relation nous apparaît tout à fait cohérent.

Jack O’Shea, jeune réalisateur irlandais, illustre dans son film, avec un certain humour noir, les vices humains, mais tente surtout de sortir d’un discours manichéen trop souvent présent dans une certaine tendance du cinéma, disons à grand public. Il a à cœur d’interpeller son spectateur par l’étrange et le fantastique en lui proposant un récit sombrement loufoque et criant de vérité. Ici, ce qui semble mauvais a priori ne l’est pas totalement et inversement. C’est cette nuance qui permet de saisir, qui plus est par l’animation, une réalité du monde plus juste.

Marie Winnele Veyret

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