Pierre Etaix n’est plus

Pierre Etaix est parti vendredi matin, a-t-on appris. Quelle tristesse. Nous l’avions rencontré au Festival de Vendôme en 2010, il y a près de 6 ans. Gentil, poli, souriant, élégant, il avait raconté ses souvenirs, son lien au court-métrage, au gag, à Tati, à Keaton, au music-hall, au cirque avant de présenter avec humour « Le Grand Amour » devant un parterre composé de nombreux jeunes conquis par ce vieux monsieur, petit enfant aimant la scène comme personne.

Il faut replonger dans ses propres souvenirs, se rappeler de la surprise inattendue procurée par « Le Grand Amour » découvert par hasard dans une salle quasi vide des Champs-Elysées et de « Yoyo » vu le lendemain au même endroit, à l’occasion de la sortie en salles de l’intégrale Etaix. De fait, d’autres associations d’idées surgissent : une silhouette mince, une générosité d’interviewé, un beau visage, un génie de l’humour, un souci du détail sonore et visuel.

Clown, comique visuel, Pierre Etaix a joué ou est apparu dans les films des autres (« Pickpocket » de Bresson, « Les clowns » de Fellini, « Max mon amour » d’Oshima, …) et dans les siens, travaillé avec Jacques Tati (il a dessiné, a créé des gags et été assistant-réalisateur sur « Mon oncle »), joué avec les sons, et développé un cinéma poétique teinté de burlesque (à moins que ce ne soit l’inverse) dont l’exploitation s’est étonnement interrompue dans les années 1990.

Pour de sombres raisons juridiques, les films d’Etaix n’ont en effet pas pu être vus pendant 20 ans. Au moment de leur restauration et de leur ressortie il y a 6 ans, Pierre Etaix eu une nouvelle vie. On l’a découvert ou redécouvert, selon l’âge, la génération, la cinéphilie. Il y a eu les longs-métrages (« Le Soupirant », « Le Grand Amour », « Yoyo », « Pays de Cocagne », « Tant qu’on a la santé »). Il y a eu aussi les courts-métrages ( « Rupture », « Heureux anniversaire », « En pleine forme »).

rupture

Le dernier représentant de l’humour burlesque était un poète, avait travaillé dur pour apprendre à fabriquer son personnage de dandy, observait son environnement, façonnait ses gags à partir du réel, cherchait avant tout à faire rire, autant au niveau visuel que sonore. Pour lui, le court était une fin en soi, et non un tremplin vers le long.

Ses trois courts ( « Rupture », « Heureux anniversaire », « En pleine forme »), projetés avant ses longs et disponibles sur son coffret, étaient réellement des films à part, portés par des gags précis et réussis, un sens du rythme et de la poésie hors du commun, et un interprète (Pierre Etaix) fantastique.

en-pleine-forme-etaix

Dans « Rupture », un jeune homme est quitté par sa fiancée, il se décide à lui signifier sa propre rupture par voie postale, aventure plus complexe qu’il n’y paraît tant la maladresse et les objets environnants l’en empêchent. Dans « Heureux anniversaire », un homme éprouve bien des difficultés pour rentrer chez lui pour son anniversaire de mariage, tant les personnages et situations croisant son chemin le retardent pour rejoindre son domicile. Dans « En pleine forme », l’homme tente le lien social dans un camping bondé et doit aussi composer avec les caprices du hasard.

À plusieurs reprises, nous avons diffusé en salle ou en ligne ces courts-métrages dans le cadre de nos séances au Studio des Ursulines ou à l’occasion du Jour le plus court. Nous avions invité Pierre Etaix à venir présenter ses films, mais il ne se déplaçait plus pour les accompagner, il se concentrait sur d’autres projets.

heureux-anniversaire-pierre-etaix

Il nous reste le souvenir de cette rencontre à Vendôme, son sourire, les émotions procurées par ses films et trois images : sa mine défaite, chapeau sur la tête, fleur à la main dans « « Heureux anniversaire », ses timbres avalés/retrouvés/perdus dans « Rupture » et son sucre au café pris dans « En pleine forme ». Clown blanc, burlesque et libre.

Katia Bayer

Lire aussi : la critique des films de Pierre Etaixle reportage sur les courts métrages de Pierre Etaix

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *