Kijé de Joanna Lorho

Pour réaliser son premier film professionnel, récompensé du Prix Format Court au dernier festival d’Angers, Joanna Lorho a pris son temps. Quasiment dix ans se sont écoulés depuis que l’idée de « Kijé » a germé dans l’esprit de sa créatrice. La première projection du film a eu lieu l’année de ses 30 ans. Une décennie pour accoucher d’un film d’animation poétique, quasi lunaire traversé par la maturité grandissante de son auteur, projeté ce jeudi soir au Studio des Ursulines (Paris, 5ème) dans le cadre de notre séance Spéciale Prix Format Court.

Cette petite épopée est racontée par le menu sur le blog de la réalisatrice (http://joannalorho.com). Rares sont les réalisateurs à livrer ainsi leurs secrets de fabrication, leurs frustrations ou leur découragement. Joanna Lorho a tenu de 2006 à 2015 ce carnet de tournage et de croquis, témoin des avancées du projet et de ses difficultés à naître.

Le titre du film « Kijé » est emprunté au lieutenant du même nom mis en musique par Prokovief en 1933. Dans l’impossibilité d’obtenir les droits musicaux, Joanna Lorho décide alors de composer elle-même la musique de son film mais de garder la structure musicale et narrative de l’œuvre de Prokovief. L’essai est une vraie réussite pour celle qui a étudié la musique classique jusqu’à ses 18 ans.

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Dans l’œuvre de Prokovief, Kijé est un personnage fantôme, un lieutenant qui n’existe pas. Chez Joanna Lorho, son personnage erre lui aussi, perdu dans une ville déserte. « Kijé » ne se raconte pas vraiment, il se voit et s’entend. Le film est un voyage nocturne dans la grisaille urbaine qui laisse peu à peu place à la nature et à ses habitants magiques. On pourrait penser aux décors de « Metropolis » de Fritz Lang ou même aux paysages urbains de Hopper voire aux plans fantasmagoriques de HR Giger. La cinéaste brasse les influences conscientes ou non pour en faire sa propre matière filmique et dessinée. Son film avance ainsi de façon très libre où différentes techniques d’animation se frottent, s’entrechoquent et viennent former un objet hybride et artisanal.

Contrairement à son sujet, « Kijé » n’est pas un film fantôme, sa chair, son trait sont bien palpables. La force et la beauté du travail de fourmi de Joanna Lorho donnent à ce premier film l’allure d’un grand.

Amaury Augé

Consulter la fiche technique du film

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La bonne info : « Kijé » est disponible à la vente. Co-édition : Zorobabel, Graphoui et La Cinquième Couche. Prix : 9 € (+ frais d’envoi). Si vous souhaitez vous procurer le DVD & son livret, contactez-nous.

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