Une chambre bleue de Tomasz Siwiński

Cinquième court-métrage du peintre et réalisateur polonais Tomasz Siwiński, « Une chambre bleue » est une fiction animée de 14 minutes, révélée l’an passé à la Semaine de la Critique (Cannes). Depuis, le court-métrage a été sélectionné au sein de nombreux festivals internationaux et concourt en ce moment même au Festival du court-métrage de Clermont-Ferrand.

Diplômé de l’Académie des Beaux-Arts de Cracovie (Pologne) où il a réalisé ses films précédents « TV-Set » (2005), « Crow », « The man with a hole » (2006), et « Little black square » (2007), Tomasz Siwiński a également parfait sa technique au Studio du film d’animation de Jerzy Kucia.

« Une chambre bleue » est l’histoire d’Adam, un chef d’orchestre quadragénaire plongé dans le coma suite à un accident de voiture. Partiellement mort, le protagoniste se retrouve littéralement emmuré dans une boîte à six faces, la chambre bleue, sans issues possibles. Si la pièce vide illustre de façon métaphorique l’aspect rigide et végétatif du corps, une fenêtre et une manivelle disposées sur l’un des murs, matérialisent davantage son esprit et son émancipation. Condamné à l’isolement, Adam assiste au défilement de scènes kaléidoscopiques et chimériques liées, de près ou de loin, à sa propre existence.

Du monde des vivants Adam ne perçoit que la voix de son épouse qui le guide, le rappelle à la vie, lui fait passer des messages, des sentiments comme une enveloppe stimulante et rassurante lui permettant de se replacer dans le temps, d’obtenir des repères, de maintenir son identité. Cependant, ces rappels mnésiques causent des dommages collatéraux inattendus. En proie à la confusion, Adam développe, malgré lui, des délires anxiogènes où le chaos et la dévastation de l’environnement règnent en maîtres.

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Tomasz Siwiński montre ici toute sa virtuosité a enchâsser les espaces et les temporalités narratives. Brillamment soutenu par le lyrisme d’un orchestre symphonique où violons et hautbois dominent, le film suscite dès son commencement une vive tension et invite le spectateur à une réflexion très personnelle sur la vie, la mort, la liberté physique et psychique. « Une chambre bleue » suggère une esthétique oscillant entre les films d’animation des années soixante-dix tels que « La Planète Sauvage » (René Laloux, 1973) et les orientations picturales du courant de l’avant-garde russe.

Lola L’Hermite

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Article associé : l’interview du producteur, Ron Dyens (Sacrebleu productions)

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