The River de Tarquin Netherway

Premier film d’un jeune réalisateur australien, « The River » de Tarquin Netherway est le portrait déroutant d’une jeunesse en roue libre savourant ses derniers instants de liberté. Film de fin d’études dont l’étrangeté appuyée peut autant séduire qu’agacer, il emprunte la voie de l’expérimentation trouvant naturellement sa place cette année dans la section Labo du Festival de Clermont-Ferrand.

Il est assez logique d’entendre Tarquin Netherway citer Harmony Korine comme le premier réalisateur qu’il admire. Les deux personnages de « The River » pourraient être des cousins australiens de Solomon et Tummler, les deux adolescents livrés à eux-mêmes dans « Gummo », le premier long de Korine. La scène d’ouverture rappelle cependant plus Kubrick et son « Orange Mécanique ». On y voit un jeune garçon en uniforme d’écolier agressé verbalement par une bande de fumeurs au bord d’un canal (on reconnaît d’ailleurs le réalisateur parmi eux). La course poursuite qui s’en suit, montée en accéléré, cite ouvertement le cinéaste de « 2001 ».

Des références donc, mais qu’en est-il du style propre de Netherway ? Tout d’abord un rapport à la Nature assez étonnant, lui, qui considère l’espace urbain comme partie intégrante de la nature – en comparaison au terme « naturel ». Ses héros semblent d’ailleurs approcher le parc naturel où ils se rendent en vélo de la même façon que la maison qu’ils pénètrent illégalement, avec ce sens de l’appropriation, de la colonisation, idée évidemment sensible en Australie. Ces héros déposent une télévision au bord de la rivière de la même façon qu’une bouteille d’urine dans le frigo d’étrangers, comme on marque son territoire, histoire de laisser une trace, aussi déplaisante soit-elle.

« The River » est construit sans réelle linéarité, suivant simplement deux jeunes garçons dans leurs journées faites d’un certain ennui, contré par l’invention d’activités stupides. On aperçoit dans plusieurs scènes un homme vivant avec eux qui pourrait être leur père ou leur grand-père et qui se livre lui aussi à des actes étranges dans le jardin.

Netherway lance des pistes mais ne donne pas de clés de compréhension laissant certainement au passage quelques spectateurs sur le carreau. Son récit, abstrait et elliptique, laisse surtout la place aux sensations, notamment visuelles. L’apparition à l’écran d’un extra-terrestre finit de compléter ce tableau déroutant. On est libre ou pas d’adhérer au propos de l’auteur qui fait preuve toutefois d’un certain talent pour attiser la curiosité au travers notamment de quelques fulgurances formelles.

Amaury Augé

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Article associé : l’interview de Tarquin Netherway

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