A Family Portrait in Black and White de Julia Ivanova

Sélectionné à Millenium, le Festival international du film documentaire de Bruxelles et montré dans le programme « Jeunesse en quête d’avenir », le film de Julia Ivanova « A Family Portrait in Black and White » dépeint les tribulations d’une famille ukrainienne atypique, celle d’Olga Nemya forte de 17 enfants noirs adoptés.

De nos jours, la figure de la famille traditionnelle se fait de plus en plus rare et bien que nous soyons toujours à la recherche de ce modèle, il faut bien accepter que le terme « famille » revête aujourd’hui une multitude de visages. Des familles recomposées aux familles monoparentales en passant par les couples du même sexe, l’image d’antan s’est quelque peu pixélisée. Et avec elle les concepts fondamentaux d’identité et d’appartenance.

Pour se construire l’individu a besoin d’appartenir, de faire partie d’un tout, même si cette entité n’est pas celle qui aurait dû être la sienne à l’origine. Ainsi, l’adoption est une action forte, pas toujours consciente, de parents qui désirent donner la possibilité à un enfant de faire partie entièrement d’une famille, la leur. (Mais cette noble action issue d’une pensée judéo-chrétienne est à relativiser car elle doit absolument être imaginée comme un échange où le « donneur » est « receveur » et le « receveur » est « donneur » en même temps. Sans cela, aucune construction de soi n’est idéalement possible.)

Pour « A Family Portrait in Black and White » Julia Ivanova a suivi la famille d’Olga pendant 3 ans. Des années qui ont vu une évolution de la famille. Des arrivées, des départs, des enfants qui restent, s’attachent et d’autres qui fuient. C’est qu’Olga a été élevée dans le système soviétique où responsabilité collective l’emporte sur la liberté individuelle, elle a donc naturellement transposé ce schéma à sa famille. Et cette jolie famille « Benetton », composée d’enfants noirs, métisses et blancs devient un refuge pour les uns et une prison pour les autres.

C’est avec beaucoup de nuances, de compréhension et de respect que la réalisatrice montre les histoires des quelques enfants qu’elle a décidé de suivre. C’est qu’il n’est pas facile d’être noir dans une Ukraine blanche et fière de l’être. Comme il n’est pas facile d’être partagé entre un père qui vit en Afrique, une mère absente et une mère adoptive qui a la main mise sur notre avenir. La vie d’Olga est un combat de tous les jours, une lutte qu’elle mène de front de façon idéologique. Et comme toute idéologie, elle a ses partisans et ses dissidents.

Marie Bergeret

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