The Pub de Joseph Pierce

Le Britannique Joseph Pierce est de retour avec son dernier court, fraîchement sorti du four et déjà candidat pour le très recherché trophée du Labo à Clermont Ferrand. Après « Stand Up » et « A Family Portrait », le roi de la rotoscopie nous livre « The Pub », une vision grotesque, glauque et, il faut croire, réaliste de la scène nocturne londonienne au travers du portrait d’une jeune patronne de bistrot d’origine étrangère.

Le style de Joseph Pierce est désormais d’emblée reconnaissable. Son principal charme réside dans la capacité du réalisateur à mélanger inextricablement dessins et live action, non pas par opposition ou par juxtaposition, mais en fusionnant les deux couches de manière interactive et en dépassant les limites de cette ingénieuse technique d’animation par rotoscopie.

Le récit tourne autour d’une soirée typique dans un pub, pendant laquelle la jeune patronne a droit à toutes sortes de clients : ivrognes (d’office), grossiers, niais, lourdingues et même violents. S’ensuit alors frénétiquement une flopée d’incidents anecdotiques mais peu agréables pour la protagoniste. Encore une fois chez l’animateur anglais, forme et fond se rencontrent intelligemment. L’image joue un rôle à la fois esthétique et narratif, le dessin semble avoir une vie autonome, il gicle, s’élance, tremblote. Aussi rythmé que le sujet, il exprime subrepticement l’état psychologique des personnages indépendamment de l’action. Aux côtés de l’évident, surgit le non-dit : la signature d’un accusé de réception destiné à un livreur qui drague l’héroïne indique « pas intéressée », les faces ridées des habitués du bar se transforment en racines, les clients difficiles prennent des formes bestiales. Cette manière inimitable de narrer indirectement se confirme bel et bien être une caractéristique du jeune auteur.

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En ce qui concerne le contenu, Pierce réussit à réunir en quelques sept minutes une multitude de thèmes, privilégiant la suggestion à la description explicite. Monde mafieux, harcèlement moral, xénophobie : le scénario ambitieux est riche en matière sans être surchargé. Le côté plausible du récit quasi documentaire y est sans doute pour beaucoup, malgré le fait qu’il s’agit entièrement d’une mise en scène.

Avec un regard perspicace sur la société britannique et un travail formel remarquable qui s’affine au fil de ses films, Pierce s’affirme indubitablement comme une personnalité importante dans le milieu de l’animation internationale. Véritable délice, « The Pub » semble être embarqué, comme ses ancêtres, dans la joyeuse tournée des festivals.

Adi Chesson

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