The Origin of Creatures de Floris Kaayk

Récit d’anticipation allégorique, reprenant le mythe de la Tour de Babel, » The Origin Of Creatures » est le troisième court métrage du réalisateur néerlandais Floris Kaayk. Œuvre fascinante et foisonnante, ce petit bijou d’animation a reçu le prix Format Court au Festival Paris Courts Devant 2011.

« The Origin of Creatures » se situe dans un univers désolé, en ruine, quelque part dans un futur catastrophique. Parmi les gravats des immeubles abandonnés, subsiste une colonie composée de membres du corps humain ayant leur propre autonomie. Un œil porté par un amalgame de doigts, apportant un équilibre et une mobilité à la vision, une oreille utilisée à bout de bras pour entendre, et toutes sortes de représentations et de collaborations corporelles évoluent dans cet univers, répondant à leur fonction première, malgré leur aspect peu naturel et dérangeant.

Emergeant à intervalles réguliers des décombres, dès qu’un rayon de soleil pointe son nez, la Colonie des Membres tente d’apporter le plus de lumière possible à leur reine pondeuse, agglomérat de chair et de membres, surplombé d’un œil observateur, en construisant une tour pour atteindre ladite source lumineuse. Seulement, par manque de communication entre les différentes parties, la mission est vouée à l’échec et la Colonie retourne s’abriter jusqu’à la prochaine percée de lumière.

Dans le mythe de la Tour de Babel, les Hommes construisent une tour immense pour toucher le ciel, ce qui met Dieu en rogne. Celui-ci met fin à leur action en attribuant à chacun une langue différente, ce qui fait qu’ils ne se comprennent plus et arrêtent là leur collaboration. Floris Kaayk reprend ce mythe et le détourne pour qu’il serve d’écrin à ses propres obsessions. En effet, la Colonie de Membres est motivée, non pas, par un mysticisme quelconque, mais par la subsistance même de leur « civilisation ». Ils mènent une sorte de lutte désespérée contre la désolation de leur monde et profitent de n’importe quelle source de lumière pour favoriser l’éclosion de la vie chez leur reine pondeuse. Le soleil est source de vie, les nuages, sont messagers de mort, l’œil représente le savoir, la connaissance, est donc moteur d’espoir, et le doigt est l’exécuteur physique de la pensée. Seulement, il arrive qu’un moment de distraction « physique » (un doigt couvrant un œil) crée une incompréhension et un manque de communication entre les différentes parties et entraîne la chute d’une tour et de toute une civilisation.

A travers ce film, Floris Kaayk propose une vision sombre de l’humanité, qui, détournée du savoir et de l’espoir par l’obscurantisme menaçant (les nuages), va s’embourber dans l’incommunication et s’effondrer littéralement. Cependant, le réalisateur néerlandais introduit à la toute fin de son œuvre une notion de cycle et de recommencement : l’espoir renaît de manière évolutive.

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Film d’animation mélangeant 3D et prises de vues réelles de décors miniatures (utilisant les techniques du modélisme ferroviaire), « The Origin of Creatures », fruit de trois ans de travail pour un rendu qui émerveille les sens, est d’une grande beauté visuelle. Très précis sur les textures, la direction de lumière, la fluidité des mouvements et l’utilisation méticuleuse du son, le film gagne à être vu sur grand écran, tellement il gagne en ampleur et en crédibilité. D’une grande richesse thématique et visuelle, » The Origin of Creatures » n’en finit pas de poser des questionnements, agissant sur son spectateur à plusieurs niveaux de lecture, que ce soit mystique, scientifique ou sociologique.

Julien Savès

Articles associés : l’interview de Floris Kaayk, le reportage sur ses précédents films « Order Electrus et Metalosis Maligna »

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