Festival de Vendôme édition 2011. Regard sur trois films de la compétition nationale

Sous la lame de l’épée de Hélier Cisterne

Lorsque dans le métro, Flo, lycéenne parisienne forte en gueule, portant blouson, cran d’arrêt et docks rencontre Tom, un des ses camarades de classe discret et bon élève, lequel est le plus rebelle ? Et, surtout, lequel est le plus rusé ?

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Deux styles mais aussi deux cultures se croisent, telles des lames, dans « Sous la lame de l’épée ». L’une, bruyante, accessible, datée et ostensible est ignorante de l’autre, tellement empêtrée dans son assurance et ses revendications, alors que l’autre l’observe. L’opposition des styles et des cultures peut apparaître caricaturale. Mais on peut aussi se laisser entraîner dans ce début d’initiation à la culture asiatique souvent perçue en occident comme très fermée. Et voir quelques unes des métaphores qui la relient à la culture occidentale. Par exemple, ce sens du secret partagé par Flo et Tom. Ou cette lame de cran d’arrêt que porte et cache Flo et qui, pour Tom, correspond à ses bombes à graffitis. Une certaine solitude aussi les rapproche. Même si Flo, plutôt jolie fille, est entourée de jeunes bellâtres semblant en partie clonés sur le modèle des BB brunes, elle semble n’avoir aucun véritable engagement avec eux. Loin d’une rivalité à la Highlander entre les deux jeunes gens, « Sous la lame de l’épée » raconte une possible histoire d’amour et de liberté.

Petite pute de Claudine Natkin

Jamie Lee Curtis faisant un strip tease dans « True Lies ». Une prostituée qui se trompe dans son dialogue appris par cœur devant son client qui la reprend dans « Entre adultes » de Stéphane Brizé. Mes chères études de Laura D ou le téléfilm inspiré du même livre et réalisé par Emmanuelle Bercot.

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Il y a de ça dans l’histoire de Léa, 20 ans, qui ignore qu’après une journée de travail comme une autre, une chambre d’hôtel va remplacer son étalage de supermarché, et que le poisson qu’elle va vendre sera fait de sa chair et de ses écailles. Quatre cents euros la passe. C’est dans « Petite pute », court métrage punk de Claudine Natkin où l’on nous montre une certaine jeunesse que l’on voit assez peu dans les films de l’Hexagone. Parce qu’il s’y trouve un rapport assez frontal voire viral avec le shit, l’alcool, le sexe, le fric. Et que cette façon plutôt directe (virile ?) de mettre en scène cette jeunesse nous déloge des intrigues sentimentalo-cérébrales coutumières. Ici, c’est l’actrice Laurie Lévêque (lire son interview) qui se risque avec aplomb, pudeur et réussite à l’exercice. On peut être inquiet devant ce que nous montre ce court, cette jeunesse d’avant la dégringolade dont le corps à peine rôdé est déjà colmaté par les substances. Mais un court métrage qui rappelle le titre « Tricky Kid » de Tricky (« they used to call me tricky-kid, I live the life they wish they did…. « ) ainsi qu’un de ses adages (« Seule compte l’énergie ! ») est un court métrage à saisir. D’autant que, question énergie musicale, « Petite pute » possède sa propre centrale avec le titre « Sexy Ghetto » du groupe Sexy Sushi aux paroles explicites :

« Fucking bitch
I tell you
Don’t look at me I’m dangerous
Fucking bitch when you see me
Down your eyes ‘cause I lost my mind… ».

Une île  de Anne Alix

Thierry a pour tout passeport son air de Philippe Léotard, son gros blouson, son Jean, son sac et ses santiags quand il arrive à l’île d’Oléron pour se refaire une vie ainsi qu’une certaine virginité. Même si sa mémoire est aussi franche que son regard, capable de scier l’horizon et certaines règles de bienséance.  Avec « Une île », la réalisatrice Anne Alix a choisi de faire exister le récit de cet homme – qui va rencontrer une femme – dans une filiation de l’histoire d’Adam et Eve. C’est dire son affection pour le personnage de Thierry et on la suit. Mais cette voix off qui nous explique l’origine du monde et la chute d’Adam et Eve, même agréable, nous dérange un peu dans ce court métrage qui peut être vu comme une sorte de conte pour adulte qui a quelques points communs avec le Angèle et Tony d’Alix Delaporte.

Si « Petite pute » et « Sous la lame de l’épée » sont des court métrages urbains, « Une île » a pour décor la mer, la mémoire, la famille, l’enfance ainsi qu’un besoin d’éviter la ville et, en particulier Paris, lieu où l’on se délite et où l’on a très peu d’espace pour vivre.

A cette sorte d’indifférenciation des êtres que l’on observe dans « Petite pute » et  « Sous la lame de l’épée », s’oppose ici le temps des hommes et des femmes : le monde ne s’est pas fait en un jour et « Une île » nous le rappelle. Constitué de flagrances poétiques, « Une île » nous donne accès à un monde et une vie que nous regardons peu. Que ce soit lors de cette scène où Thierry, sur une barque la nuit, regarde des chevaux dans un pré. Ou lorsqu’il prend le temps d’une certaine pause alors que ses nouveaux collègues l’attendent pour une cargaison d’huîtres. Si l’acteur Thierry Levaret donne du coffre à ce court, Caroline Ducey nous redonne plaisir à la revoir.

Franck Unimon

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