Baby de Daniel Mulloy

Après « Sister » (2004), « Dad » (2006), « Son » (2007), voici « Baby », le dernier-né de Daniel Mulloy (elle était facile). Le réalisateur multi-récompensé est revenu cette année glaner des prix un peu partout en festivals dont la mention spéciale du jury à Brest le mois dernier.

« Baby » marque surtout la première collaboration entre Mulloy et l’actrice Arta Dobroshi, la Lorna des frères Dardenne, ici tout simplement méconnaissable. Le cinéaste anglais et l’actrice originaire du Kosovo ont tourné un court métrage supplémentaire ensemble depuis et ont également déjà deux longs métrages en préparation. Mulloy semble bel et bien avoir trouvé sa muse en la personne de cette actrice originaire du Kosovo qui porte le film de bout en bout.

« Baby » est urbain, nocturne et filmé quasiment en temps réel, l’unité de temps étant un élément clé dans chacun des films de Mulloy. On suit ici une jeune femme sur son trajet de retour chez elle. A l’arrêt de bus elle est témoin d’un vol de portable et dénonce l’acte en train de se faire devant les délinquants en question, prise de position courageuse qui pose dès le début du film les contours d’un personnage fort et singulier.

Un des initiateurs du vol monte dans le bus avec elle et tente de façon appuyée de créer le contact et de la séduire, sans succès. La tension qui en découle est quasiment palpable ; Mulloy, caméra à l’épaule, filme ses acteurs au plus près et s’attache à décrire la gêne, la peur mais aussi le désir qui naît de cette confrontation. L’attention qu’il porte aux détails, des gestes et des regards est exemplaire.
Contre toute attente, la jeune femme laisse le garçon la suivre chez elle sans qu’un mot ne soit échangé entre eux. Leur corps à corps, maladroit et laborieux, ne durera pas, la jeune femme décidant soudainement de renvoyer l’intrus qu’elle avait elle-même mené jusqu’à sa chambre.

On pourra regretter que « Baby » finisse sur une révélation – que nous ne dévoilerons pas ici – qui rapproche la fin d’une chute. Mais le talent évident et la maîtrise visuelle de Daniel Mulloy laisse présager d’un bel avenir pour l’auteur qui prépare son passage au long. Dans le paysage du court métrage, rares en effet sont les cinéastes qui construisent une œuvre aussi cohérente et constante en termes de qualité que celle de Mulloy.

Amaury Augé

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