Une sale histoire de Jean Eustache

Le Festival de Brive propose une rétrospective consacrée à Jean Eustache. On s’en réjouit, tant ses films sont compliqués à voir dans de bonnes conditions. L’auteur de « La Maman et la putain » (1973) a réalisé plusieurs moyens métrages, fictionnels comme documentaires : « Les Mauvaises fréquentations » (1963), « Le Père Noël a les yeux bleus » (1966), « Le cochon » (1970), et « Le Jardin des délices de Jérôme Bosch » (1979). Mais aussi « Une sale histoire », datant de 1977, qui, en 49 minutes sympathiques, affole une anodine journée d’avril.

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« Une sale histoire » se présente comme un docu-fiction en deux parties, partagé entre une histoire narrée par Michaël Lonsdale (le volet “fiction”) et le même récit, mot pour mot, sortant de la bouche de Jean-Noël Picq (le volet “document”), un ami d’Eustache. Dans les deux situations, un homme raconte à de très belles femmes comment il s’est retrouvé dans la peau d’un voyeur et comment il a rencontré des difficultés à se déshabituer de cette nouvelle obsession.

Dans la première partie du film, Jean Douchet, cigare au bec, demande à Michaël Lonsdale de revenir sur son histoire de voyeur car il n’arrive pas à l’adapter au cinéma. Le comédien s’assoit sur un canapé, à proximité de plusieurs femmes et raconte face caméra son récit. Il explique sa découverte hasardeuse d’un trou dans les toilettes d’un café parisien permettant de voir incognito le sexe des femmes. Il agrémente son récit de moult détails et remet en question son rapport au beau sexe. Des femmes l’écoutent en silence, ne le quittent pas des yeux, lui sourient, et se mettent finalement à le taquiner, en lui proposant à l’identique de jouer les voyeuses.

Dans la deuxième partie, Jean-Noël Picq, le protagoniste réel, à l’origine de cette singulière histoire, évoque le même récit que Michaël Lonsdale, de manière peut-être plus spontanée que son « double » fictionnel, plus dans le jeu et dans la personnalisation du texte. Face à lui, des femmes développant des réactions similaires à la première situation.

Le dispositif est exactement le même que dans le volet “fictionnel“ : un témoin, une anecdote, un monologue, un texte, une disposition des lieux, un auditoire féminin … . Seuls les interprètes changent pour livrer le même contenu : une histoire salace.

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Deux films en un, deux versions d’un même scénario, un docu-fiction, … Eustache, en mêlant histoire vraie et procédé fictionnel, pose la question de la mise en scène et de la véracité des faits tout en évoquant la perception des tabous et de la sexualité d’une certaine époque. Une époque qui a quand même vu d’un œil pudique la sortie houleuse de ce film. Pour revenir en arrière et pour comprendre les mœurs d’aujourd’hui, ce film/ces films reste(nt) à voir.

Katia Bayer

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Séance de rattrape : « Une sale histoire » de Jean Eustache sera à nouveau projeté au Festival de Brive le samedi 9 avril à 13h au Cinéma Le Rex.

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