The Cow Who Wanted to Be a Hamburger de Bill Plympton

Malbouffe et servitude volontaire

Un nouveau film de Bill Plympton, c’est toujours un événement. Format Court s’est donc précipité au Festival Silhouette pour découvrir la dernière œuvre du plus charnel des cinéastes d’animation.

« The Cow Who Wanted to Be a Hamburger » nous amène dans une (très) verte prairie où une génisse tette le pis monstrueux de sa maman. Face à la prairie, une affiche rouge criarde fait la publicité du « Happy Burger ». Cette image de bonheur (le sourire d’un steak haché) et le passage du camion du fast-food auront raison d’elle : elle n’a plus qu’un but, devenir un hamburger. On reconnaîtra dans ce synopsis un thème récurrent chez Plympton : la nourriture et ceux qui la mangent (comprenez les Américains) et un goût immodéré pour la provocation (voir ou revoir « Santa, the fascist years »). Plympton aime appuyer là où ça fait mal, et pour ce faire, son style adopte des changements radicaux.

Finis les gris crayonnées ou les couleurs pastels, dans « The Cow… », le vert est vert, le rouge explose les yeux, les vaches sont bicolores, la 2D radicale (ouf !). Seul le conducteur du camion (seul humain du film) trahit une morphologie typiquement plymptonienne. Du reste, il s’agit d’un film graphiquement peu identifiable qui peut dérouter les habitués.

« The Cow… », c’est le discours de la servitude volontaire dans l’Oregon de son enfance. C’est Notre pain quotidien côté viande. La publicité rend idiot, le rêve américain ne consiste plus qu’à désirer ce que l’on est condamné à devenir : de la viande pour le broyeur. Notre héroïne s’entraîne comme un Rocky version sumo pour atteindre son but ? Ce sera la seule vache à aller à l’abattoir avec le sourire.

La séquence de l’abattoir n’est pas sans nous rappeler The Wall d’Alan Parker, et la révolte finale sera le triomphe de « l’humain » contre l’industrie, de la viande contre le consommateur.

À 64 ans, Bill Plympton nous prouve qu’il peut encore nous surprendre. Et si le hamburger du film vous sourit, vous ne devriez plus regarder le vôtre comme avant.

Thierry Lebas

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