Mes copains de Louis Garrel

Le tourbillon de la vie

Entre deux tournages où il offre sa jolie (et étrange) gueule à la caméra, Louis Garrel s’est accordé un peu de temps pour passer derrière. L’icône du cinéma français d’auteur signe « Mes Copains » (les siens, les vrais, en l’occurrence), un court métrage de 26 minutes qui n’est pas sans rappeler un univers proche des films de son père et de ceux dans lesquels il tourne depuis quelques années.

Louis Garrel a grandi. Ses boucles blondes (voir « Baisers de secours » de Philippe, son père) et sa belle innocence ont laissé place à de gros cheveux sombres et une vague mélancolie… Ses copains sont comme lui, ils ont eu de grands rêves, des corps trop agités pour les contenir tous et des rires trop bruyants pour les exprimer avec justesse. Ils ont eu l’idée surtout que tout était possible et qu’ils n’allaient pas faire comme tous ces cons, ça non !

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Seulement voilà, la vie n’est pas facile tous les jours, même à Saint-Germain-des-Prés, et elle nous contraint, bien souvent, à baisser les bras, suivre les modèles éculés et devenir proches de ceux-là même à qui l’on ne voulait surtout pas ressembler. Avant qu’ils ne deviennent tous totalement adultes et qu’ils aient définitivement perdu leurs illusions, Louis a décidé de capturer les petits moments partagés entre Sylvain, Damien, Arthur et Lolita… sa bande.

Confronté au divorce de ses parents, Sylvain, le héros de l’histoire, est ballotté entre une mère jouant du chantage affectif (en très gros plan) et un père glacial qui apparaît comme le spectre d’Hamlet au moment où l’on s’y attend le moins (en plan large). Damien, « le gars qui marche comme une courgette », vient de passer la nuit avec Lolita, la copine de son pote Arthur. Perché sur un arbre comme le fameux corbeau, il ne se vante pas, il culpabilise. Arthur voudrait être un homme vertueux, et ne sachant trop comment faire pour expliquer à Damien qu’il ne doit pas s’en vouloir, il fait des allers-retours aux toilettes. Lolita, elle, la fouteuse de merde, n’est pas tout à fait satisfaite avec Arthur et Damien : il lui faut aussi Sylvain pour que son « bonheur » soit complet. La rue, le parc, les bords de Seine et surtout le café parisien jalonnent le parcours de ces personnages pas tout à fait sortis de l’enfance et dont le jeu, entre marivaudage et commedia dell’arte, séduit immédiatement (hormis Lolita Chammah qui campe une vamp pathétique susurrant doucereusement des injures qui, dans sa bouche, ne tombent jamais justes.)

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À résumer ainsi, évidemment, certains pourraient suspecter un air déjà-vu de parisianisme bobo, d’afféteries « Nouvelle Vague » et d’intellectualisme auteuriste satisfait. Mais quoi ? Tout film tourné dans les rues de Paris et relatant des relations amoureuses ambiguës devrait-il être banni pour crime de lèse-lutte des classes ? Adieu Truffaut, Godard et les autres….D’autant que Louis Garrel ne plagie pas ses modèles, mais fait, avec  « Mes copains », une proposition formelle originale et contemporaine des plus réjouissantes qui surprend, détonne, dénote. Les cuts imprévisibles répondent aux dialogues farfelus, les travellings silencieux interagissent avec une bande-son fantasque et sa façon d’enchaîner les scènes avec fondu au noir rendent le film non discursif et simplement ludique. La bizarrerie formelle épouse la bizarrerie narrative.

Du passage abrupt du jour à la nuit, aux dialogues puérils attachants, de la danse burlesque sur les trottoirs au rythme de Bocca di rosa à celle du garçon de café, acrobate à ses heures, les propositions oniriques de Louis Garrel nous éloignent d’un réalisme vain narcissique et autocentré pour nous parler d’amour et d’amitié, du temps qui passe et des moments magiques qui ne reviendront plus.

Sarah Pialeprat

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3 réflexions sur “ Mes copains de Louis Garrel ”

  1. En parlant de la BO (qui est effectivement excellente), quelqu’un pourrait me donner les titres et noms des artistes?

    Merci!

  2. Bonjour Leaticia,

    La B.O. ne figure apparemment pas dans le générique, mais la chanson phare du film s’appelle « Bocca di rosa » et est signée Fabrizio de André…

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