10 min. de Jorge León

Coup de coeur et de poing au Festival Silhouette à Paris, « 10 min. » relate l’horreur vécue par une jeune bulgare dans le milieu de la prostitution belge. Construit autour d’un témoignage, d’une voix-off, et d’arrêts sur images, le documentaire de Jorge León, ancien étudiant de l’INSAS, a été réalisé dans le cadre de la journée européenne contre la traite des êtres humains.

Il suffit de taper « prostitution » sur Google pour se retrouver avec une masse d’informations et de témoignages sur le sujet en question. Il suffit d’un film pour saisir l’ampleur du même mot sur le destin d’une jeune fille parmi d’autres. Un cas isolé, mais une histoire universelle. Elle est bulgare, mais elle aurait pu tout aussi bien naître ailleurs. Elle ne sait pas qu’en quittant son pays, elle s’occupera pas de personnes âgées, comme une « amie » le lui promet, mais qu’elle devra travailler en tant que prostituée dans une vitrine de la capitale. Elle ne sait pas que si elle n’enchaîne pas les clients et les passes, elle se fera tabasser. Elle ne sait pas que malgré sa fuite, et son retour en Bulgarie, elle se fera entrainer de force et violer. Elle ne sait pas, elle va le savoir. C’est un être humain, et pourtant, c’est une victime de ses pairs et d’un trafic qui la dépasse. Son histoire, elle la livre à quatre officiers de la Police Judiciaire, et pourtant, elle refuse de signer sa déclaration, par peur de représailles. La violence, elle connaît.

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De leur côté, les policiers ont mené leur enquête. Pour rembourser les frais de vitrine, contenter leur « poisson » (proxénète), et éviter la violence gratuite, les filles travaillent en général douze heures par jour, tous les jours de la semaine. « Pour optimiser le rendement de leurs prostituées, certains proxénètes réclament l’usage d’une minuterie de cuisine, limitant le temps de la passe à dix minutes pour cinquante euros », est-il précisé. Dix minutes, c’est le temps de cuisson d’un œuf dur, d’une tarte aux abricots, et d’un poulet au vin blanc. Dorénavant, c’est aussi le temps d’un rapport sexuel monnayé.

S’appuyant sur un témoignage peu anodin sur les dommages moraux et physiques occasionnés par la prostitution, ce film de commande possède une originalité de forme. La victime n’apparaît pas à l’image, le visage floué ou barré de lunettes noires. Son témoignage, recueilli lors de son audition judiciaire, est lu par quelqu’un d’autre, l’acteur et réalisateur Josse De Pauw.

Pour illustrer un sujet tabou, Jorge León a eu recours au photomontage. Chaque phrase est en lien avec une image différente et explicite : une horloge, une chaise, une maison, une chambre, un lit, des chaussures à talons hauts, de l’argent, des minuteries en plastique, … La forme choisie accentue l’importance et la gravité du récit, et suscite, par sa pudeur, l’empathie du spectateur. Un bon documentaire est un documentaire qui provoque une prise de conscience et qui décille le regard. « 10 min » s’inscrit, avec force, dans cette optique.

Katia Bayer

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Une réflexion sur “ 10 min. de Jorge León ”

  1. Je recherche Jorge Leon pour filmer avec d’autres réalisateurs en Europe l’atelier-pilote Kanker-Barak afin d’avoir un outil de repère pour les 1,250 ateliers qui seront dissiminés en Europe.

    Urgent pour la pos-production svp

    Marie Brouchot 0477 69 84 77 ( Bruxelles)

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