Claire Burger, Marie Amachoukeli : Ciné/tandem

Elles sortent toutes deux de la Fémis. L’une a étudié le montage, l’autre a choisi le scénario. Depuis « Forbach », le film de fin d’études de Claire, elles travaillent ensemble. Leur dernier film, « C’est gratuit pour les filles », sélectionné cette année, à la Semaine de la Critique, suit les joies et les peines de deux adolescentes, Yéliz et Laetitia. À l’image de leur précédent film, les deux réalisatrices s’intéressent aux liens, aux situations de crise, à la promiscuité entre réalisme et fiction, et aux comédiens non professionnels. Entrevue à trois voix.

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Comment est apparu votre désir de cinéma ?

Claire :  Je n’ai jamais été une grande cinéphile. Adolescente, j’ai eu une petite période de bovarysme, comme beaucoup de gens, je pense. C’était l’époque de « Basic Instinct », un film qui m’a beaucoup marquée à l’époque et que j’ai revu en boucle. Après, plus tard, il y a eu Cassavetes, Pialat, et des films assez réalistes.

Marie : Je ne suis pas non plus cinéphile, à la base. Cela ne fait pas partie de la culture familiale d’aller au cinéma. Adolescente, je fréquentais toutefois les salles obscures, et je me souviens précisément du premier film pour lequel je me suis dit : « C’est intéressant le cinéma, ce n’est pas juste du divertissement ». C’était « Boys Don’t Cry ». Je peux même te citer la salle : le Studio 28.

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N’étant pas cinéphiles, pourquoi avoir choisi, toutes les deux, de vous inscrire à la Fémis ?

Marie : À la base, j’ai une formation universitaire, je suis historienne. J’ai fait la Fémis, au début, sans trop savoir pourquoi, et j’ai eu la chance d’avoir le concours. Après, je crois que mon intérêt pour le cinéma est venu en faisant des films, plutôt qu’en en voyant.

Claire : Après le Bac, j’ai travaillé pour une télévision locale, et pendant deux ans et demi, j’ai été en contact avec la caméra, la salle de montage, etc. Cela m’a beaucoup plu de découvrir, de cette manière, des outils. Je me suis dit qu’il y avait des choses très intéressantes à faire avec l’image, j’ai eu envie d’approfondir mes connaissances, et d’être moins dans l’efficacité, la rapidité. J’ai passé le concours de la Fémis en montage, et quand je l’ai eu, un peu comme Marie, je me suis beaucoup prise au jeu de faire des films, et des expérimentations.

Comment se sont orientés vos choix respectifs, le scénario, pour Marie, et le montage, pour Claire ?

Marie : Je ne savais même pas ce qu’était un champ/contre-champ quand j’ai passé le concours à la Fémis, le présenter en réalisation ou en montage aurait donc été très risqué. Je l’ai tenté en scénario parce que j’avais une formation littéraire, et parce que j’estimais que c’était un exercice très dur à mener. Le scénario est un moment angoissant : savoir ce que tu veux raconter, avec qui, et dans quelle situation, c’est quelque chose d’extrêmement difficile. Aller où le bât blesse, et savoir que ça va être complexe, a sûrement quelque chose de masochiste…

Claire : C’est marrant parce que le scénario et le montage se ressemblent à plein de niveaux, entre autres, pour le côté angoissant. Moi, j’ai choisi le montage parce que je trouvais aussi que c’était l’étape la plus difficile, quand je travaillais à la télévision. J’avais l’impression, que tout se décidait à ce moment-là, et que c’était là que se faisait un film ou un reportage. Depuis, j’ai compris que d’autres étapes, comme le scénario ou le tournage, déterminaient beaucoup un film. Un peu comme Marie, je pense que je devais être maso. Et si Marie n’a pas tenté la réalisation à la base parce qu’elle n’avait pas de formation technique, moi, j’avoue que je n’ai pas présenté le concours, parce que je pensais que je ne l’aurais jamais. Vu que je n’avais que le bac, cela ne me paraissait pas du tout envisageable.

Vous souvenez-vous de la manière dont vous avez défendu vos cas personnels, au moment du grand oral ?

Marie : Moi, j’ai cru que c’était très mal parti, parce que je me suis embrouillée avec le Président du jury, Benoît Jacquot. Je suis quand même partie en tapant du poing sur la table, persuadée de ne pas l’avoir, mais on m’a rappelée en me disant que j’étais prise.

Claire : Au moment où on m’a demandé quels étaient les films qui m’avaient vraiment plu, j’ai répondu que je n’allais pas très souvent au cinéma, et qu’en général, quand j’y allais, je n’aimais pas les films que je voyais. J’ai bien senti que ça ne passait pas très bien, comme réponse. Heureusement, après, ils m’ont posé quelques questions sur des films que j’avais vus, et il est probable que mes réponses correspondaient à leurs propres goûts. Romain Goupil était le Président de mon jury. Je me souviens que la seule chose qu’il m’a demandée, c’était le pronostic de foot pour le match du soir même. J’ai commencé à développer un truc là-dessus, il m’a dit : « Non, non, je te demande juste le pronostic ! ». J’ai alors pronostiqué que la France perdrait et la France a perdu, ce soir-là !

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Le sentiment de liberté, vous l’avez éprouvé pendant vos années d’école ?

Marie : En fait, il est à double tranchant, à la Fémis. On est quand même très libre de faire ce qu’on veut. Peu importe le sujet : les comités de validation acceptent à peu près tout. Dans ce sens là, si par exemple, tu veux faire un film de science-fiction ou une comédie musicale, c’est possible. Après, c’est vrai qu’il y a une ambiance d’école qui se veut une ambiance d’auteurs, d’auteurs à la française, et  qu’on finit presque par se censurer soi-même.

Claire : Ça se passe plus au niveau des élèves que de l’administration, en réalité. C’est clair qu’il y a une forme de pression à l’école, qu’on s’observe, et se juge beaucoup les uns les autres. Mais à la Fémis, on peut faire à peu près tout ce qu’on veut à partir du moment où on le justifie, on va au bout de notre projet, et on arrive à répondre aux attentes de l’école. Moi, j’ai toujours eu l’impression de ne jamais faire ce qu’il fallait dans les exercices, mais les professeurs étaient contents que je fasse autre chose. Je me souviens, d’ailleurs, qu’au sujet des films qu’on a faits là-bas, tout le monde, les élèves comme l’administration, disait que c’était bien parce que ce n’était pas du tout ‘Fémis’. Et une fois qu’on est sorties, j’ai vu plein de critiques sur des blogs. Les gens écrivaient que les films étaient « tellement Fémis ». Au fond, on finit par penser que cela ne veut pas dire grand-chose.

Ça pourrait dire quoi, c’est ‘Fémis’ ?

Claire : Justement, moi je ne pourrais pas vous le dire, parce que nous, en l’occurrence, ne faisions pas la même chose que nos camarades qui trouvaient que c’était génial qu’on sorte du lot Fémis, alors qu’à l’extérieur on disait que ce que nous faisions faisait « Fémis ». Donc c’est dur à comprendre…

Marie : Je pense que la Fémis, c’est en gros du cinéma d’auteur, et à l’extérieur on pense que c’est du cinéma d’auteur chiant, avec des plans ultra longs, aucune action à proprement parler, aucun enjeu, qui se nourrit de métaphores, d’introspection, de nombrilisme, de parisianisme, …Il y a un mélange de tout ça autour de l’idée que l’on se fait de la Fémis. Or, effectivement, au sein de l’école, c’est quand même un peu plus varié que ça.

L’école accepte six réalisateurs par promotion. Comment se fait-il que d’autres personnes, comme vous, issues d’autres sections, ont également la possibilité de faire des films ?

Claire : En première année, chacun fait un film, car on a tous le même cursus. En deuxième année, on se spécialise, mais on a encore des exercices qui nous permettent d’expérimenter des idées qui, si on en a le courage, l’énergie et le temps, peuvent se transformer en films. Ensuite, il y a d’autres possibilités, via les TFE Productions : des producteurs ont comme exercice de produire des élèves qui ne sont pas en réalisation. Au final, on peut très bien, si on en a l’ambition et le désir, ne pas être en réalisation et faire quand même des films. D’ailleurs, cette perspective est assez maligne, parce qu’on a beaucoup moins de pression. En réalisation, les élèves ont beaucoup de charges, vu qu’ils doivent faire deux films, voire trois, par an. C’est très compliqué pour eux de trouver de quoi se renouveler, et de gagner la confiance de tous les autres. Dans les autres sections, on n’est pas obligé de faire beaucoup de films, et on peut se concentrer sur ceux que l’on a vraiment envie de faire.

Marie : En scénario, pour le coup, après la première année normalement, on n’a pas le droit de faire un film. Cela va à l’encontre de ce que doit être un scénariste au yeux de la Fémis. Pour le coup, là, c’est l’administration qui restreint les libertés. Moi, je me suis fait virer des salles de montage dès que j’essayais de faire un film : on me faisait bien comprendre qu’il ne fallait pas le monter à la Fémis. Mais cela ne m’a pas empêchée d’en faire, parce je me suis débrouillée pour dénicher le matériel nécessaire.

Comment avez-vous été amenées à travailler ensemble ? Vous aviez des sensibilités communes ?

Claire : Oui. Marie venait de sortir de la Femis, quand j’ai eu l’opportunité de faire un TFE production. J’avais beaucoup d’affinités avec elle, notamment par rapport au documentaire. Comme je n’avais jamais travaillé avec une scénariste, je lui ai proposé de m’aider à écrire le film. Ça s’est très bien passé à l’écriture, du coup, il était hors de question qu’elle ne soit pas là au tournage, au montage, au mixage, …. Elle réalisait avec moi, au bout du compte. On a fini par se rendre compte que le film, on l’avait fait à deux, voire à trois, parce que celui-là était assez particulier.

Le film en question, c’est ton film de fin d’études, « Forbach », co-écrit et interprété par Samuel Theis ?

Claire : Oui. Samuel a, lui aussi, pris de la place à l’écriture et au tournage. Comme ça s’est très bien passé avec Marie, on s’est dit qu’on travaillait bien ensemble, que peut-être on était meilleures à deux que seules, et qu’on avait envie de réitérer l’expérience. Dans le cinéma, on est très vite obnubilé par ses propres projets; si Marie avait les siens, et moi les miens, on ne se verrait pas beaucoup. En travaillant à deux, on partage des choses très importantes.

Vos films sont proches de la réalité et des vrais gens. C’est important, pour vous, cette confrontation entre réel et fiction ?

Claire : Oui. Chacune a eu des expériences de documentaires avant de travailler ensemble, et on avait envie d’y apporter une part de fiction. De façon empirique, on fait des expériences, parce qu’on n’est pas fascinées par un genre de cinéma dans lequel on voudrait s’inscrire. Pour l’instant, ça se passe comme ça : on a envie de tenter des choses pour voir ce que ça donne. Là, effectivement, les derniers films sont assez réalistes, parce qu’on s’est posé des questions sur la réalité, sur sa représentation, et sur la manière dont on la confronte à la fiction. Dans cet esprit de recherche, je ne serais pas étonnée qu’on se retrouve dans d’autres choses, et qu’on finisse par faire des films de genre. Des films de vampires, peut-être !

Pourquoi préférez-vous travailler avec des comédiens non professionnels ?

Marie : On a envie de travailler avec d’autres têtes que celles qu’on voit tout le temps, et d’être témoin d’un jeu qui n’est pas lié à une performance de comédien. Le langage vrai, non écrit et dialogué, nous intéresse beaucoup.

Claire : On travaille énormément avec les comédiens non professionnels au tournage. On les regarde beaucoup à l’écriture, on prend des cafés ensemble, et on discute avec eux pour trouver des situations qui correspondent à leur personnalité et à leur propre vie. Ensuite, on leur demande d’improviser.  Il leur faut, pour cela, une matière et c’est plus facile pour eux de s’inspirer de ce qui leur est proche. Au tournage, on ne leur donne pas de texte, mais des situations, on leur explique les enjeux du film. Il ne faut pas forcément avoir fait une école pour comprendre les enjeux et s’y inscrire en se nourrissant de ce qu’on connaît personnellement de la vie.

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Est-ce pour cette raison que vos personnages gardent leur nom et leur identité ?

Marie : Oui, il nous serait vraiment improbable que Laetitia [comédienne de « C’est gratuit pour les filles » ndlr] s’appelle Vanessa. Je pense qu’on n’y arriverait pas parce que comme on se fonde tellement sur ce que les gens sont, eux, que ça troublerait complètement le regard en les appelant d’un autre nom.

Claire : Ceci dit, par rapport à la question des noms, on leur pose toujours la question. Ils ont le choix. S’ils ne veulent pas garder leur propre nom, on s’arrange, et on en trouve un autre. Mais la plupart du temps, ça les arrange de garder leurs noms, dans des situations d’improvisation. Par exemple, dans « Forbach », les personnages ont voulu avoir un autre nom de famille, mais garder leurs prénoms, et dans « C’est gratuit », le proviseur ne porte pas son vrai nom.

« Forbach » est un film de 35 minutes. Vous disposiez du budget nécessaire pour le réaliser ?

Claire : On avait 5.000 euros pour faire le film, mais comme on le faisait avec des amis dans une région dont on était originaires, il n’y avait pas un coût énorme, et comme on était produits au sein de l’école, les techniciens n’étaient pas payés. On n’aurait jamais pu faire le film en dehors de la Fémis, et d’ailleurs, je pense que personne ne l’aurait produit. On n’aurait jamais trouvé quelqu’un pour parier sur Samuel, mon meilleur ami, et sur sa famille. Pour la durée, on n’a pas non plus eu de problèmes de la part de école. Par contre, c’est une contrainte, quand on fait des moyens métrages comme ça, d’être sélectionné en festival.

Avez-vous été tentées de raccourcir le film pour favoriser des sélections ?

Claire : Oui, mais on a eu raison de ne pas le faire. Au début, on s’est dit qu’on n’allait pas beaucoup faire tourner le film. Finalement, même si la majorité des festivals n’acceptait pas les films au-delà de 20 ou de 30 minutes, le film a, malgré tout, eu énormément de sélections, et poursuit encore aujourd’hui sa carrière festivalière.

Votre premier film après l’école, « C’est gratuit pour les filles », traite d’adolescence, et mêle à nouveau réalité et fiction.

Claire : Oui. On voulait retranscrire à la fois des souvenirs et des ambiances d’adolescence. Après, comme on travaille avec des non professionnels, et comme on s’inspire d’eux, on a été obligées de s’adapter à eux, et on a été très surprises de ce qu’on a découvert à leur contact.

Marie : Nous, on se souvenait d’une adolescence où tout le monde voulait coucher avec tout le monde et où c’était une fierté nationale d’être dépucelée à 14 ans. À l’inverse, on s’est rendues compte, en allant voir ces jeunes, qu’ils parlaient de sexe dix fois plus vulgairement que nous pouvions en parler, mais qu’ils étaient dix fois plus prudes que nous pouvions l’être à leur âge. Du coup, on a mis un petit temps à s’adapter à ce paradoxe, parce que cela ne correspondait pas forcément à la manière dont nous avions vécu notre propre adolescence. En même  temps, ce qui nous intéressait, c’était de faire un film sur les jeunes de maintenant, et pas sur ceux des années 90.

Comment vous répartissez-vous les rôles sur un plateau ?

Claire : Pour faciliter les conditions de travail pour tout le monde, sur le tournage, Marie gère plutôt les comédiens, et moi, je m’occupe plutôt de l’équipe technique. En même temps, comme on a des talkies-walkies, on se consulte sur le cadre, le jeu des comédiens, et on ne fait rien sans se mettre d’accord. Après, il y a tellement de petites décisions à prendre toutes les deux minutes sur un plateau qu’on ne se consulte pas systématiquement, mais là aussi, on a tellement confiance l’une dans l’autre, et on a le plus souvent le même avis sur les choses, qu’on peut se permettre de décider seule.

Vous travaillez actuellement sur deux projets de longs métrages. Est-ce que le court vous tente toujours ?

Claire : On a effectivement deux projets de longs métrages, l’un en animation, et l’autre en fiction. Dans l’immédiat, on a des engagements sur des longs, mais ce n’est pas du tout exclu qu’on refasse des courts, bien que personnellement, je préfère le format moyen. Souvent, je trouve que les courts sont trop courts, pour pouvoir vraiment développer les personnages ou l’histoire. À l’inverse, il n’y a pas tant d’histoires qui peuvent vraiment tenir sur le format long, et je trouve que les longs sont trop longs. En fait, j’ai l’impression que pour arriver à développer une histoire et des personnages, sans en faire trop, l’idéal est le moyen métrage, entre 30 et 60 minutes, qui reste un format malheureusement encore trop peu exploité.

Marie : Moi, j’ai l’impression que si on refait des courts, ils seront expérimentaux. Cela pourrait me tenter, parce que je trouve le court très sain. S’en priver peut être dangereux, et risque de déboucher trop vite dans une démarche de long métrage, avec un chemin tout tracé vers un certain type de films.

Vous êtes sorties de la Fémis à des moments différents. Que retenez-vous de votre passage par cette école ?

Claire : Ayant déjà travaillé avant, je me suis vite rendue compte que c’était quand même une chance extraordinaire d’avoir autant de moyens à disposition, et de pouvoir expérimenter des choses qu’on ne pourrait certainement pas tester ailleurs. J’en garde plutôt un assez bon souvenir car cela m’a permis de faire beaucoup de choses. L’autre chose dont je me souviens, c’est l’angoisse. J’ai l’impression que c’est l’endroit où l’on trouve le plus de gens angoissés, parce ce que tout le monde flippe par rapport à son avenir professionnel, ses qualités, et son talent artistique. Cette angoisse est très palpable. D’ailleurs, cela contraste beaucoup avec l’image que l’on peut avoir de l’extérieur. Les gens de la Fémis sont vus comme des gens très prétentieux, alors qu’à l’intérieur, ils ne se comportent pas avec autant d’assurance que ça, à cause de la pression et des doutes.

Marie : Quand je suis arrivée à l’école, j’avais très peu de connaissances en cinéma. J’ai eu la chance de pouvoir me définir en quatre ans. Si je ne m’étais pas retrouvée dans cette espèce de mini laboratoire qu’est la Fémis, je pense que j’aurais eu beaucoup plus de mal, et que j’aurais pris beaucoup plus de temps à y arriver. On est tellement confronté, sur place, à des références et des styles différents qu’on est obligé de réfléchir et de se poser des questions.

Propos recueillis par Katia Bayer. Retranscription : Marie Bergeret

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