Arbeit für alle (Travail pour tous) de Thomas Oberlies et Matthias Vogel

Avec « Arbeit für alle », un documenteur allemand à la Peter Watkins qui s’ouvre avec le portrait d’un employé d’une agence d’aide aux séniors actifs et qui se clôt avec une chasse aux zombies précaires, Matthias Vogel et Thomas Oberlies signent l’un des films les plus jouissifs du Festival de court métrage de Bruxelles.

Dans un futur proche, une entreprise propose ses services pour aider les personnes âgées à maintenir leurs activités professionnelles. C’est ainsi que l’on suit Miro, un des jeunes « employés », ainsi que son client, M. Janssen, sympathique octogénaire en fauteuil roulant. Cela ressemble à un docu-fiction à la Peter Watkins (« Punishment Park »), jusqu’au moment où l’on propose au faux retraité un ‘travail de terrain’ : un technicien de 84 ans ayant mordu son supérieur et l’ayant transformé en zombie, M. Janssen, chasseur de morts-vivants, est chargé de reprendre les armes.

À l’instar de Georges Romero qui critiquait la société de consommation dans ses films de genre (on pense à la scène de « Zombie » dans laquelle les morts-vivants se baladent avec des caddies), les réalisateurs Thomas Oberlies et Matthias Vogel filment des zombies, victimes du monde du travail qui sont souvent des stagiaires sans avenir. Dans un pays où l’on a inventé l’emploi à un euro de l’heure pour les chômeurs de longue durée, « Arbeit für alle » prend tout son sens. Le parti pris des réalisateurs, en optant pour une forme proche du documentaire, est d’illustrer une certaine normalité de cette situation. Ainsi qu’une ironie : la seule lutte possible contre cette société étant de se transformer en zombies, il ne reste que la survie et l’espoir de l’amélioration de sa propre condition. Ainsi Miro rêve d’être un jour payé pour son travail, et M. Janssen continue ses activités pour subvenir aux besoins de ses petits-fils, des stagiaires non payés. Un système mortifère qui n’est pas sans rappeler le nôtre par bien des aspects. Dans « Arbeit für alle » le message est clair : la jeunesse est un naufrage.

Thierry Lebas

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