Ce mardi 17 mars sort, pour notre plus grand plaisir, le DVD du film Arco, dont nous vous offrons trois 3 exemplaires. Sorti en salles le 22 octobre 2025 et édité par Diaphana, ce premier long-métrage d’animation d’Ugo Bienvenu a marqué l’année 2025 et une partie de celle de 2026. Sélectionné au Festival de Cannes, il a remporté ensuite le Cristal du long-métrage au Festival d’Annecy, avant d’être nommé aux Oscars 2026 du meilleur film d’animation et de décrocher les César 2026 du meilleur film d’animation et de la meilleure musique originale. Le récit suit la rencontre entre Iris, une fillette de dix ans vivant en 2075, et Arco, un mystérieux garçon venu de l’an 2932. Grâce à sa cape arc-en-ciel qui lui permet de voyager dans le temps, Arco se retrouve accidentellement projeté dans le passé. Iris décide alors de l’aider à retrouver son époque.

Lorsque le futur rencontre le futur, Arco propose avant tout une réflexion sur notre société et sur ce que pourrait être son devenir. Le film interroge le spectateur sur sa propre époque à travers le contraste entre les deux temporalités qu’il met en scène. Le monde d’Iris, situé en 2075, fascine autant qu’il met mal à l’aise, tant il apparaît comme une évolution crédible de notre présent : parents souvent absents mais présents par hologramme, robot humanoïde chargé des tâches domestiques, ou encore phénomènes climatiques extrêmes qui semblent faire partie du quotidien. Ce futur proche, à la fois familier et inquiétant, permet au spectateur d’entrer rapidement dans le récit et de s’identifier aux personnages.
À l’inverse, l’époque d’Arco, située en 2932, pourrait sembler plus primitive à première vue. Pourtant, ce monde suspendu au-dessus des nuages révèle une société qui semble avoir trouvé un équilibre profond entre l’humain et la nature. Les habitants y vivent dans des structures aériennes et adoptent un mode de vie presque organique. Une scène introductive marquante montre Arco et sa famille dormant dans des tubes en apesanteur, image qui évoque presque des fœtus dans un ventre maternel. Dès ces premières images, le film suggère une société ayant atteint une forme d’harmonie avec son environnement, avec son corps et avec elle-même, malgré le mystère persistant de la Terre ferme, devenue invisible sous la couche de nuages.

Malgré la distance temporelle qui sépare Iris et Arco, leur rencontre s’impose rapidement comme le cœur émotionnel du film. La curiosité et la détermination d’Iris répondent à la douceur et à l’étrangeté d’Arco, créant une dynamique attachante qui structure leur relation. Autour d’eux gravitent plusieurs figures secondaires — à commencer par Clifford, le robot domestique qui accompagne Iris dans son quotidien, doublé par Nathanaël Perrot — ainsi que les triplés, personnages plus furtifs et burlesques qui ponctuent le récit. Ces figures enrichissent l’univers du film sans détourner l’attention de cette amitié centrale. Le travail des comédiens de doublage — Margot Ringard Oldra, Oscar Tresanini, Nathanaël Perrot, Alma Jodorowsky, Swann Arlaud, Vincent Macaigne, Louis Garrel et William Lebghil — contribue également à cette justesse : leurs interprétations donnent aux personnages une présence sensible et facilitent l’attachement du spectateur.
L’animation 2D joue également un rôle central dans l’identité du film. À l’heure où ce style est souvent délaissé au profit de la 3D, Arco en rappelle toute la force expressive. Le film déploie une grande richesse visuelle, notamment dans le travail de la lumière et dans la conception de ses différents univers. On reconnaît clairement l’influence du parcours d’Ugo Bienvenu dans la bande dessinée : la mise en scène privilégie souvent des plans fixes, de légers panoramiques proches de la logique de la case, ou encore de délicats travellings. Ce rythme visuel plus contemplatif laisse le temps d’observer les détails et de pleinement apprécier la composition des images.
Sur le plan narratif, certains critiques ont souligné une parenté avec les récits du studio Ghibli. Cette influence existe sans doute, notamment dans la manière de mêler aventure, contemplation et réflexion écologique. Toutefois, c’est peut-être surtout la bande originale qui évoque le plus directement cet héritage. Les compositions d’Arnaud Toulon rappellent le style de Joe Hisaishi, célèbre pour ses collaborations avec Hayao Miyazaki. Cette proximité musicale renforce la dimension poétique du film et accompagne parfaitement la sensibilité visuelle et émotionnelle de Arco. Dans tous les cas, cette filiation musicale contribue à donner au film une grande ampleur et une réelle intensité émotionnelle.

Le DVD propose également de nombreux suppléments permettant d’approfondir le visionnage du film. Plusieurs making-of, notamment sur la genèse d’Arco et sur la création du studio de production Remembers. Ugo Bienvenu et Félix de Givry (coscénariste du film et cofondateur du studio de production) y racontent leur rencontre, les années de développement du projet, leurs inspirations, ainsi que leur volonté de créer un studio indépendant, pensé comme un véritable espace de création, à l’écart des pressions habituelles de l’industrie. On y découvre également l’intervention des deux coproductrices, Natalie Portman et Sophie Mas, dont le soutien, à travers leur société MountainA, a permis au projet d’obtenir les financements nécessaires à la réalisation du long métrage. Un autre making-of est consacré à la composition musicale du film. Le compositeur Arnaud Toulon y explique son processus de création, entamé dès 2020, et détaille son travail autour d’une musique à la fois chorale et orchestrale. L’utilisation de chœurs et d’accompagnements à cordes vise à exprimer le caractère intemporel du récit et à traduire musicalement l’univers d’Arco. La participation de l’Orchestre de l’Opéra de Paris, dont les musiciens ont interprété la partition, contribue à renforcer l’ampleur et la puissance de la bande originale. Enfin, un dernier making-of est consacré au travail d’animation. En comparant les animatiques avec les séquences finales, il permet de mesurer le chemin parcouru durant la fabrication du film. Les commentaires du réalisateur et des animateurs éclairent leurs choix artistiques et offrent un regard précis sur les intentions qui ont guidé la mise en images.
En complément de ces making-of, le DVD propose également le court métrage L’Entretien, réalisé par Ugo Bienvenu et Félix de Givry en collaboration avec l’Opéra de Paris. Ce film, à la forme plus libre et expérimentale, fait écho à l’univers d’Arco, notamment par la présence du même robot que dans le long métrage, prolongeant ainsi certaines de ses thématiques et de son imaginaire visuel. Le DVD inclut aussi plusieurs clips réalisés par Ugo Bienvenu. S’ils ne sont pas directement liés à Arco sur le plan narratif, ils permettent néanmoins de prolonger l’expérience en retrouvant son univers graphique singulier. Dans « Fog » de Jabberwocky (feat. Ana Zimmer), on aperçoit notamment les lunettes arc-en-ciel des triplés, tandis que dans « Sphere of Existence » d’Antoine Kogut, on retrouve également le robot Clifford. Ces échos visuels offrent un éclairage complémentaire sur la cohérence de sa démarche artistique.
Une projection exceptionnelle aura également lieu le jeudi 19 mars au cinéma Le Jeu de Paume.

