Tous les articles par Katia Bayer

Kilka prostych slow (Quelques mots simples) d’Anna Kazejak-Dawid

Krystyna est une jeune femme indépendante mais aussi une mère totalement irresponsable. Convaincue du don artistique de sa fille membre d’une chorale, elle l’emmène, contre son gré, à un casting de girls band. Sur place, celle-ci renie publiquement sa mère.

Gagnant du Prix Roger Closset à la dernière édition du FIDEC (Festival International des écoles de cinéma), ce court métrage de plus de 30 minutes raconte avec justesse et force la relation difficile entre une mère célibataire et sa fille adolescente qui se toisent, s’affrontent se heurtent jusqu’à se détruire. « On ne choisit pas ses parents, on ne choisit pas sa famille » pourrait être le leitmotiv de ce drame social.

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Au lieu de s’engouffrer dans les abîmes du pathos, Anna Kazejak-Dawid, jeune réalisatrice polonaise ayant étudié à Lodz, à l’Ecole Nationale de Pologne, joue la carte de la pudeur par l’intermédiaire de comédiennes à l’interprétation irréprochable (Agata Kulesza et Marlena Kazmierczak). Tout au long de ce roadmovie, mère et fille transportent leurs blessures comme unique bagage : celui d’une seule et même souffrance de deux êtres incapables de communiquer.

Marie Bergeret

Eine geschichte mit Hummer (Une histoire avec Homard) de Simon Nagel

Bruno (Stephan Witschi), la quarantaine bedonnante, est un petit représentant en sapins de Noël musicaux. Un peu gauche, pas très adroit, il est… le Grand Blond avec un homard ! Un homard ? Disposé à avancer sentimentalement, Bruno reçoit une amie à dîner. Au moment de plonger un homard dans une casserole, il suspend son geste. Quand son invitée arrive, elle découvre le crustacé en train de patauger gaiement dans la baignoire.

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Sorte de poème de l’absurde, plus proche du comique à la Bourvil qu’à la de Funès, ce petit film tout droit venu de Suisse, émeut par son héros attachant et attendrissant. L’humour naît de situations contrastées et non de la simple moquerie. Filmée dans un décor très sobre privilégiant les plans d’ensemble aux plans rapprochés, « Une histoire avec homard » met l’accent sur la mise en scène. Les dialogues sont quasi absents, la musique, loin de se limiter à illustrer les images, joue un rôle prédominant. Elle permet d’identifier le personnage à l’instar du début de « Mon Oncle » de Tati : le choix des cuivres souligne le côté comique et léger des situations vécues par Bruno. Ce parti pris esthétique rapproche le film des muets d’antan plus que des grosses productions à l’effet surabondant.

En observateur compatissant d’une société individualiste où les personnes seules ne trouvent pas forcément leur place, l’auteur a préféré l’humour à la tragédie et la fiction au documentaire. Ce qui fait du film de fin d’études de Simon Nagel, sorti en 2008 de l’école ZHdK (Zürcher Hochschule der Künste) de Zürich, une réelle bouffée d’air frais à respirer sans modération.

Marie Bergeret

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Milovan Circus de Gerlando Infuso

Tours et détours

Dans son film de troisième année, « Margot » (Prix Jury Jeunes au Festival d’Annecy), Gerlando Infuso, étudiant à La Cambre, avait développé un récit autour d’un personnage partagé entre la folie et le froid. Un an a passé, une nouvelle idée a poussé, celle d’un artiste de cirque en proie au rejet et à la vieillesse. Avec « Milovan Circus », Gerlando Infuso renoue avec le sentiment de solitude, la poésie du sombre et l’animation en volume, éléments qui avaient contribué à la qualité de son court métrage précédent. Le film a séduit le Jury au dernier Festival Média 10-10, puisqu’il a obtenu le Prix de La Meilleure Bande Sonore, et le Prix de l’Image Numérique.

Nuit noire, rues désertes, rêves et cauchemars. Dans les cages et roulottes du Milovan Circus, on dort déjà, ou on est sur le point de mettre son pyjama, juste après s’être démaquillé ou avoir craché le feu une dernière fois. Le vent, lui, travaille encore : un souffle suffit à décoller une affiche et à en dévoiler une plus ancienne, celle d’une gloire passée, le Grand Iakov. Torse et pieds nus, celui-ci apparaît, vieilli et affaissé, dans le reflet du miroir fissuré de sa table de maquillage. En suivant le contour de ses rides, Iakov se met à se remémorer sa vie : son don pour la magie révélé pendant son enfance, ses débuts remarqués au cirque, sa célébrité croissante, ses sentiments naissants pour une collègue acrobate, son éviction de la piste au profit d’une “innommable créature”, et sa reconversion en mime de rue.

« Milovan Circus » est intéressant à plusieurs égards. Au niveau de la forme, Gerlando Infuso, interviewé après le Festival d’Annecy au sujet de « Margot », expliquait qu’après s’être essayé à plusieurs procédés, il s’était enfin trouvé avec l’animation en volume. « Milovan Circus » prouve qu’il a eu raison de poursuivre dans cette voie : ses marionnettes sont tout aussi vivantes, sombres et poétiques d’un film à l’autre. Avec une nuance : « Margot » se construit sur base d’une voix-off censée représenter le monologue intérieur et obsessionnel du personnage principal, tandis qu’aucun son, si ce n’est musical, ne sort de « Milovan Circus ». Les scènes en flash-back et le regard perdu et vide du héros déchu racontent l’intériorité, les mots et les épreuves. Confrontée au succès éphémère et à ses effets pervers (déconvenue de l’artiste, solitude, rejet, oubli, …), la marionnette Iakov rappelle avec une certaine émotion Calvero, ancienne vedette comique de music-hall interprétée par Chaplin dans « Limelight », (Les feux de la rampe). Un autre laissé-pour-compte de la réussite.

Katia Bayer

Article paru sur Cinergie.be

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Articles associés : l’interview de Gerlando Infuso, le  reportage sur le tournage de « L’Oeil du Paon »

FIDEC 2008

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À Huy, se tient depuis huit ans, au mois d’octobre, un festival de courts métrages unique en son genre en Belgique : le FIDEC. Ce Festival International des Écoles de Cinéma ne programme que des films réalisés pendant le parcours d’étudiants en cinéma. Cette année, du 14 au 19 octobre, 35 films, venant de 14 pays et 24 écoles, étaient en compétition à Huy. Pour son premier numéro, Format Court s’est intéressé à cette manifestation soucieuse de mettre en avant les « films courts et les idées larges » et de « tirer la langue aux idées reçues ».

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Cinépocket 2008

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En novembre, avait lieu au Bozar, à Bruxelles, la deuxième édition du festival Cinépocket. Concentrée en une journée, cette manifestation définit sa programmation à partir de films tournés sur téléphones portables. Cette année, elle accueillait des films d’étudiants, d’amateurs et de réalisateurs confirmés dans le cadre d’une collection initiée par Arte Belgique et de différentes cartes blanches. Courts par leur durée, spécifiques par leur médium (le téléphone) et sensibles aux évolutions techniques, ils représentent le “cinéma de poche”.

Retrouvez dans ce Focus :

Festival Média 10-10 2008

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Depuis 30 ans, Namur accueille, au début du mois de novembre, le festival de courts métrages Média 10-10. Si sa compétition est ouverte seulement aux films belges francophones issus de la production de l’année, il présente également des cartes blanches liées à des pays, des régions, des technologies voire d’autres festivals. Cette année, Média 10-10 célébrait une édition anniversaire à travers différents événements « OFF » et une sélection de 38 films belges.

Retrouvez dans ce Focus :

Edito

Format Court est né d’une envie. Celle de parler de court métrage de façon différente et visuelle. Pourquoi s’intéresser à cette forme cinématographique ? Parce que le court métrage est un genre à adjectifs : particulier, riche, diversifié, passionnant, inventif et très créatif. Source d’innombrables idées, histoires et émotions, il est lié aux débuts du cinéma, aux parcours filmographiques de nombreux réalisateurs, et à différentes plateformes de diffusion (festivals spécialisés, DVD, salles, télévision, VOD, Internet, …). Pourtant, le court métrage ne touche qu’une communauté d’initiés et reste encore méconnu, confidentiel et sous-estimé. Cette situation peut s’expliquer : le court métrage manque de visibilité, peu de revues lui sont consacrées, la télévision le programme tardivement, sans compter que des préjugés entourent encore le mot « court ».

© Gwendoline Clossais

Attachée au court métrage, une petite équipe a souhaité lui apporter une mise en valeur supplémentaire à travers un nouvel espace virtuel. Format Court ne se conçoit pas comme un site exhaustif sur le court ni comme un annuaire ou un portail d’actualité. Au contraire, ouvert à tous les genres, durées et nationalités, il offre, à travers une  variété de sujets, un regard critique et personnel sur le cinéma bref. Au fil de ses numéros, Format Court compte intégrer un contenu rédactionnel et vidéo : des focus sur des festivals spécialisés, des portraits de professionnels du secteur, des critiques de films et de DVD, mais aussi des extraits voire des courts métrages dans leur intégralité, en guise d’illustration.

Pour son lancement, en janvier 2009, l’équipe de Format Court s’est intéressée à trois événements liés au genre court : le FIDEC, Cinépocket et le festival Média 10-10. Prenant place dans trois villes belges (Huy, Bruxelles, Namur), ils ont chacun leur spécificité (films d’écoles, films réalisés sur portables, films belges) et une relation particulière au cinéma de cinq lettres. En lien avec ces focus, ce numéro propose des interviews, des vidéos et des chroniques de films vus, appréciés et défendus par la rédaction. Nous vous souhaitons de jolies découvertes sur notre site.

Katia Bayer
Rédactrice en chef