Clermont-Ferrand, le Petit Journal

Vendredi. Embarquement pour un Paris-Clermont en voiture. Des sandwichs au thon et un Carambar pas drôle s’installent à l’arrière. Un break sur la route semble compromis : tous les cafés sont fermés. Par chance, Les Trois sœurs et leurs délires sont plus cool. À l’intérieur de ce salon de thé, une petite fille de sept ans papote à l’accueil tout en sortant les cahiers de son cartable. Elle dit : “La lecture, j’adore. Le calcul, j’adore encore plus. Je sais compter jusqu’à 700.” Ni deux ni une, elle le prouve, et la route ne reprend qu’après révision des exercices et de la dictée du lendemain. Tout à l’heure, le festival vivra sa soirée d’ouverture, avec une séance spéciale de films courts. Certains assisteront à la projection tandis que d’autres croqueront des nougats tout en râlant contre la mauvaise connexion wifi de l’hôtel.

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Samedi. Rendez-vous matinal à Vice Versa, un bureau de graphistes mangeuses de pommes qui abrite le temps de la manifestation le Quotidien du Festival. Cette année, une collaboration a été établie avec ce journal dont les locaux provisoires ont du mal à être dénichés sur le plan de la ville. Rapidement, le vif autochtone repère et titille la touriste paumée d’un “Alors, ça marche la chasse au trésor ?“. Dans la journée, une discussion s’improvise à table, toujours avec des Clermontois : “Ah bon, vous écrivez pour le quotidien ? Moi, le journal, je ne le lis qu’aux toilettes. C’est le seul lieu où je suis sûr de ne pas être dérangé !”. Et vlan pour l’ego. Il n’y a pas à dire, la presse écrite, ça impressionne.

Le lundi, à une soirée portugaise, Touriste Paumée (T.P.) se demande où sont donc passés les Portugais et maudit, au moment de rentrer à son hôtel, son pitoyable sens de l’orientation, les plans de la ville inadaptés à son taux d’alcoolémie et tous ces habitants endormis à 4h du matin. Deux jours plus tard, la gloire frappe à sa porte. Une équipe de France 3 débarque dans les bureaux du journal au moment du bouclage. Un sémillant journaliste tend son micro à T.P. en lui demandant si elle a un sac de reporter. En réprimant un sourire, elle lui rétorque qu’elle a plutôt un sac à main. Il reformule sa question : “Est-ce difficile de travailler pour un quotidien de courts métrages ?” Réponse : “Non, ce qui est difficile, c’est de collaborer à un quotidien. Je suis crevée”. Quelques heures plus tard, T.P. apparaît brièvement à la fin du JT local avec une mèche de travers, juste après des apprentis zombies sautant dans tous les sens. On ne le dit pas suffisamment : la télé, c’est formidable.

Le lendemain a lieu la soirée Canal +, la fête IN de Clermont, celle pour laquelle on vend son scénariste pour un carton d’invitation. Les navettes sont toutes parties, mais par chance, un taxi se rend à la fête cryptée. Grégoire Colin, comédien pour l’heure réalisateur (son premier film, « La Baie du renard » est en compétition), monte dans la voiture. À l’entrée, le compte est inégal : deux cartons, trois personnes. Blocage du videur, recours au star system : “Attendez, c’est Grégoire Colin”. Réaction du sbire : “C’est ça, et moi, je suis l’humoriste officiel de la ville”. Le stratagème fonctionne. Comme quoi… Reviens, scénariste !

Vendredi, ultime jour de travail. Pour fêter le bouclage du dernier numéro, ça trinque au champagne, ça mange avec difficultés des biscuits bio au citron, ça remercie, et ça cligne de l’œil (“dis donc, d’où ça sort, Willy la Brocante, dans ton interview ?”). Plus tard, au restaurant Le Tout du Cru, un convive interroge le serveur : “Quatre confits, deux magrets, une salade, et une truffade ? C’est bon ? Vous avez huit personnes ?” Le compte est bon. Willy la Brocante est loin.

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Samedi, dernier jour de festival. Demain, tout le monde rentre chez soi. Autant profiter des dernières heures en se coltinant une séance de films, la remise des prix ou un ultime repas à base de canards. Avant d’aller à la soirée de clôture, on révise ses classiques au café grâce à un réalisateur québécois : “Quel est l’animal emblématique du Québec ?” Réponse : “Le castor. Plus gros ? Ah, le caribou”. Les clichés dans la poche, on est prêt pour le final musical. À l’extérieur, la fanfare de Clermont, déguisée comme à l’accoutumée, joue des valses et des airs Balkans. À l’intérieur, des DJ mixent des airs impossibles. Retour au bercail, quelques heures plus tard, alors que la fanfare émoustille toujours les danseurs.

Dimanche, gueule de caribou au réveil. Midi arrive, l’heure de quitter sa chambre avec une grosse valise rangée à la va-vite. À la gare, le train repart quelques minutes après être arrivé. Le festival est bel et bien fini, Clermont-Ferrand n’est plus qu’un point ferroviaire.

Katia Bayer

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