Chien bleu de Fanny Liatard et Jérémy Trouilh

Chien bleu fait partie des 5 derniers films lauréats aux César 2020 dans la catégorie Meilleur court-métrage . Il a aussi été présenté l’an passé au festival de Clermont-Ferrand dans les catégories Programme jeune public et en compétition nationale. Ce court métrage a été réalisé par Fanny Liatard et Jérémy Trouilh. Ces deux réalisateurs ont déjà travaillé ensemble pour les courts-métrages Gagarine en 2015 et La République des enchanteurs en 2016.

Dans Chien bleu, Émile reste cloîtré chez lui, entouré de son environnement bleu, il a entièrement repeint son appartement, ne trouvant pour seul refuge que cette couleur à ce monde extérieur qui l’effraie.
Meubles, canapé, murs, rideaux, vêtements : tout y passe…. Son fils, Yoan, et son amie, Soraya, tentent de leur côté de l’ouvrir aux couleurs que la vie a à lui offrir.

Soraya (dont le prénom signifie Beauté des étoiles) porte un grand sari bleu, c’est d’ailleurs ce qui attire l’oeil de Yoan. Elle danse le Tamoul, danse hindoue qui nécessite une tenue très colorée. La pluralité et les nuances de couleurs redonnent à la vie ce que le chagrin est venu lui retirer. C’est pour cette raison qu’elles sont nécessaires au sauvetage d’Émile, le père de Yoan, un homme déprimé ayant perdu toute sa spontanéité.

Fanny Liatard et Jérémy Trouilh aiment évoquer la danse comme libération. Dans leur autre court La République des enchanteurs, elle est aussi très présente et permet de s’évader de nos conditions de vie et souvent de la cité.

L’univers sphérique du film alterne des plans rapprochés du quotidien et des plans larges urbains et lunaires. Paradoxalement, il propose un monde coloré et rempli d’espoir qui se dévoile par l’union des habitants de la tour dans laquelle vivent Émile et son fils. Tous ont une histoire, nous les voyons rêvasser à leurs fenêtres, nous laissant imaginer leurs pensées.

Les personnages du film se questionnent sur le bonheur.
Un jeu de regards s’installe entre Yoan et Soraya, symbole de leur amitié naissante, ils n’ont plus besoin des mots pour communiquer. Leurs dialogues se construisent dès lors autour de la musique et des couleurs.

Dans Chien bleu, Fanny Liatard et Jérémy Trouilh inventent une nouvelle pathologie : la phobie de tout ce qui n’est pas bleu, qui s’apparente à l’anxiété sociale, quand tout ce que l’on ne connaît pas nous effraie et quand sortir de sa zone de confort devient un véritable calvaire. Grâce à cette maladie imaginaire, ils réussissent à illustrer de manière générale, le sentiment de peur qui est universel. Ainsi, chacun peut s’identifier au personnage d’Émile en y retranscrivant ses propres peurs et démons.

Chose intéressante : la plupart des acteurs du film ne sont pas comédiens, mais les vrais habitants de la cité d’Aubervilliers. Leur faire jouer leur vraie vie ne fait que confirmer l’authenticité émanant de ce film. 
Un seul acteur de métier est présent dans ce court, Rod Paradot, l’acteur principal de La tête haute d’Emmanuelle Bercot où il jouait un jeune balloté de famille d’accueil en foyer. Mélanger les habitants d’Aubervilliers et Rod Paradot assure un rendu prenant, naturel, faisant honneur à la vie dans la cité, la rendant moins spectaculaire,et lui donnant un aspect familial.

Les bâtiments de la banlieue parisienne ne sont pas dépeints comme d’insalubres pans de murs en béton, mais au contraire, ils semblent s’unir avec la nature, s’accordant parfaitement à elle et même plus encore, en la complétant.
 De par l’éclairage bleu, la bienveillance des habitants et la musique Les Mots bleus de Christophe, le décor qui s’installe dans la cité est apaisant. Ce bleu est poétique, subtil, de différentes nuances, il représente “une force douce” d’après Fanny Liatard.

On a en mémoire que les thématiques de la cité et de la couleur sont récurrentes dans les films de Fanny Liatard et Jérémy Trouilh, notamment dans Gagarine, l’un de leurs courts précédents. L’intrigue se déroulait dans la cité Gagarine à Ivry-sur-scène, et le rouge était la couleur prédominante, comme si chacun de leurs courts métrages étaient associés à une couleur, à leur propre univers. C’est d’ailleurs en s’inspirant de ce dernier film que les deux réalisateurs avancent sur un futur projet commun, la réalisation de leur premier long-métrage. Il portera sur les rapports parents / enfants forts et tourmentés, et évoquera l’évolution de cette relation au-delà des liens du sang.

Manon Guillon

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