Après ses derniers court-métrages Amour et faux-semblants (2023) et Sale pluie (2022), la réalisatrice Lola Degove, diplômée de l’EMCA (École des métiers du cinéma d’animation) et de La Poudrière, présente son nouveau film Le Bain des sirènes en compétition officielle de courts-métrages, à l’occasion de la 79e édition du Festival de Cannes. Dans ce nouveau film, la réalisatrice aborde la famille, le deuil et la solitude à travers le voyage jusqu’à Ostende de Rose et Lina, deux sœurs pas vraiment proches, tenues chaque année par leur mère de faire le bain de minuit du Nouvel An. Sauf que cette année, leur mère n’est pas là, elle est décédée.

Le Bain des sirènes explore son sujet en profondeur aussi bien par la très juste mise en scène des non-dits, que par les dialogues écrits par Lola Degove et Zoé Bertemont. La recherche de proximité et de soutien entre les deux personnages traverse le film et atteint son apogée dans une très belle scène dans la voiture d’une gérante de baraque à frites. Les mains de Lina et Rose ne se touchent jamais, mais Lola Degove réussit à nous faire ressentir l’amour en retenue qui existe entre les deux sœurs. Chacune penche sa tête vers l’autre en fermant les yeux pour créer une proximité, pendant que la mini boule disco de la voiture les éclaire et que la musique se superpose avec la voix de Yolande Moreau, créant un moment suspendu dans le temps. Le Bain des sirènes aborde très justement par cette scène et tant d’autres, la peur de la solitude provoquée par la perte d’un proche.
Les deux interprètes Mara Taquin et Eva Huault, dans leur rôle respectif de Rose et Lina, ancrent davantage les deux personnages dans la réalité et offrent une distinction nette côté personnalité. Devant Le Bain des sirènes, on s’attache à ces femmes que tout semble opposer, et qui pourtant nous touchent à différents niveaux. Lola Degove sait caractériser ses personnages, et cela passe par un travail minutieux sur l’animation des expressions faciales, qui donnent le sentiment que Lina et Rose existent parmi nous.
La réalisatrice maîtrise particulièrement l’animation par la couleur. Les différentes nuances de bleu, constamment présentes, rappellent la mer et l’objectif du bain de minuit. La mer est présente partout, tout le temps, comme si elle faisait le lien direct entre les deux sœurs et leur mère. Par différents procédés, Lola Degove travaille les jeux de lumières, en adaptant ses couleurs aux moments de la journée, passant du violet sur les visages au moment du coucher de soleil, au bleu pour la nuit. La couleur des peaux s’adapte avec la couleur du ciel, créant une harmonie particulière, tandis que les couleurs des décors, particulièrement vives, subliment la triste réalité de Rose et Lina. Les palettes de couleurs s’adaptent aux différentes étapes du voyage, mais aussi de l’évolution de leur relations.

Malgré les tumultes du voyage, celui-ci semble rapprocher Rose et Lina, dont la relation s’améliore le temps d’une course poursuite en trottinette. C’est lors de cette scène que l’animation de Lola Degove prend une nouvelle dimension, exposant tout l’amour de Rose pour sa sœur, le visage englouti par ses cheveux sur la trottinette à toute vitesse, portée par la musique, jouant avec les couleurs et les lumières des lampadaires. L’utilisation de la musique renforce la proximité des deux personnages, qui semblent retrouver un lien durant ce moment. On comprend ainsi que cette histoire n’est pas celle d’un simple voyage. Le film s’inscrit directement dans la continuité du travail de la réalisatrice : ces histoires du quotidien, qui nous paraissent a priori simples, renferment une sensibilité intense et des questionnements intérieurs. Quand les deux femmes ont enfin rejoint la mer, Le Bain des sirènes clôt son récit sur des sœurs rapprochées par un voyage émotionnellement fort, qui devient aussi notre voyage à tous·tes.

