Planètes de Momoko Seto

Pendant la Semaine de la Critique du Festival de Cannes 2025, le public a pu découvrir pour la première fois le film Planètes de Momoko Seto. Véritable ovni cinématographique, il s’inscrit pourtant dans une logique créative initiée par la réalisatrice depuis maintenant 18 ans. Pour la sortie en DVD de Planètes éditée par Blaq Out, on vous propose de partir à l’aventure vers des mondes inconnus et qui, pourtant, vous paraîtront bien familiers.

C’est une étrange proposition que nous soumet Seto : des graines de pissenlit qui virevoltent à travers l’espace et l’inconnu afin de trouver un nouveau foyer. Une véritable odyssée de la nature, sans humains et sans dialogues. Une idée très intéressante qui, malheureusement, se perd quelque peu dans sa fiction, là où sa force résidait dans sa création environnementale.

2008. Momoko Seto propose comme film de fin d’études de première année au Fresnoy un court métrage des plus originaux, Planet A. Le synopsis : une planète miniature est desséchée par la culture intensive du coton et menée à outrance pour des raisons économiques. L’essence de l’idée de la réalisatrice est là. Les humains brillent par leur absence totale, les matières se métamorphosent et l’ordinaire devient extraordinaire. Les spectateurs observent de véritables cristaux de sel se déployer à l’écran, évoquant de mystérieux arbres salins au milieu d’acres de terre craquelée. Ce film est le point de départ de trois autres courts métrages (Planet Z, Planet ∑ et Planet ∞), mais aussi du long métrage Planètes.

Pour arriver à un résultat si marquant et des images si caractéristiques, Seto a transformé ses plateaux de tournage en laboratoires de pointe. L’équipe a mobilisé un arsenal d’outils optiques, robotiques et numériques pour donner vie à l’infiniment petit. Ralentis extrêmes, macrophotographie, 17 caméras en simultané, bras robotisés transformés pour accueillir des mouvements de quelques millimètres… Planètes est, avant tout, un symbole d’une réussite technique exemplaire. De nombreux domaines sont sollicités et tous réussissent à œuvrer pour raconter l’histoire de ce monde si vivant et si complexe. L’atout majeur du film est, bien sûr, sa composition. Ses plans recèlent une telle vivacité et une telle harmonie qu’il est complexe de ne pas l’imaginer prendre vie devant nos yeux. Momoko Seto joue avec le micro et le macro et conjugue ensemble le petit et le grand. Par l’usage de techniques pratiques et virtuelles, elle offre à son film des couches différentes, au point que l’on se demande ce qu’on regarde. Dans son monde imaginaire, la mer se fond avec le ciel et les couleurs viennent de partout.

Arrivent ensuite nos quatre protagonistes, nos quatre graines de pissenlit. Pour nous faire ressentir les émotions de ces délicats personnages, l’équipe du film joue sur l’anthropomorphisme par les gestes et les formes. Chacun possède une stature, une façon de se mouvoir, une réaction au danger, un déplacement propre. Après tout, il s’agit là du parcours de toute une vie. Leur monde anéanti, ces graines n’ont pas le choix de migrer vers l’inconnu afin d’essayer de faire perdurer leur espèce. Face aux problèmes, aux prédateurs, aux tempêtes, elles vont se serrer les coudes et continuer à avancer, malgré la peur. Malheureusement, il s’agit peut-être là du point du film le plus insuffisant. En passant par ce récit, on s’attache à ces graines mais on y perd un degré d’émerveillement. Le film se concentre trop sur ces quatre personnages qui ne sont pas la force du métrage et sacrifie, ainsi, une part de la beauté de son monde pour l’avancée de son scénario. Le tout devient un peu trop naïf et s’opère de plus en plus en successions de séquences, à la manière d’un jeu vidéo qui passerait de niveau en niveau.

Malgré tout, Planètes nous propose une magie assez unique qui sait transporter ses spectateurs. Seto le sait, elle a un don pour nous émerveiller de la beauté naturelle. Elle concentre sa caméra sur la création du vivant, sa destruction et son renouveau, sur la pluralité environnementale et sur l’insignifiant auprès duquel nous passons chaque jour sans prêter attention. Planètes capte toute la préciosité du discours de Francis Ponge dans son recueil « Le Parti pris des choses ». La beauté de la plus commune des situations et du plus simple sujet. La “chose” en tant que tel est l’objet de la fixation de la cinéaste et rien ne peut l’en détourner. Elle est fascinée par le vivant et la capacité de notre monde à créer ces merveilles. Et son don, c’est, non seulement, de nous le présenter comme tel, mais également de le transformer en quelque chose de novateur, d’inconnu pour tous, à mi-chemin entre la fantasy et la science-fiction. Dans le grand ordre des choses, Momoko Seto touche à ce qu’il y a de plus fragile et de plus magnifique au monde et y transfère un regard nouveau comme le ferait une relecture d’Alice au Pays des Merveilles. Elle trouve elle-même le mot juste : la parallaxe, le changement apparent de la position d’un objet lorsqu’on le regarde depuis deux points de vue différents. Ce n’est pas seulement un terme et une utilisation technique qui y sont utilisés mais bien un aspect du monde qu’il nous appartient d’imaginer aux côtés de Seto qui fait de nous ses “immigraines”.

Si le film vous intéresse, l’édition DVD éditée par Blaq Out est sortie depuis le 6 octobre dernier et est une véritable mine d’informations concernant la création du film. Vous y trouverez, en bonus, un entretien avec la réalisatrice, un making-of très complet mais aussi le tout premier court métrage du cycle “planétaire” de Momoko Seto : Planet A. N’hésitez pas à vous procurer cette édition pour découvrir cette proposition si spéciale qu’est Planètes.

Melvin Baduel

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *